Le Covid-19 n’épargne pas le secteur aérien. Au contraire. La compagnie aérienne Swiss n’effectue désormais que 5% de ses vols initialement prévus. EasyJet, qui a une forte présence aux aéroports de Genève et de Bâle, a tous ses avions cloués au sol. Dès lors, le principe d’une aide publique au niveau gouvernemental est acquis. A l’issue de sa séance de mercredi, le Conseil fédéral a chargé trois départements fédéraux (Finances, Transports, Economie) d’élaborer, d’ici à fin avril, des mesures visant à soutenir temporairement le secteur.

On connaît déjà les grandes lignes. L’aide ne sera pas puisée dans le fonds du crédit-relais; elle prendra principalement la forme de garanties publiques aux prêts, qui seront forcément massifs. Celles-ci ne seront octroyées que si les entreprises ne peuvent pas couvrir elles-mêmes leurs besoins de liquidités. Le Conseil fédéral justifie sa décision en affirmant que l’infrastructure aéronautique, qui comprend les aéroports et les autres sociétés de services, est essentielle à l’économie: une interruption de longue durée des liaisons internationales entraînerait des pertes considérables. Plus d’un tiers des exportations quittent le pays par fret aérien, et environ un sixième des importations arrivent en avion. Dans l’ensemble, le secteur compte plus de 190 000 collaborateurs.

«Des gens doivent encore prendre l’avion»

Si Swiss vole encore, même si ce n’est qu’à 5%, c’est qu’elle dit vouloir assumer sa responsabilité jusqu’au bout. «Il y a encore des gens qui doivent prendre l’avion, souligne une porte-parole. Nous devons aussi continuer à rapatrier des compatriotes se trouvant à l’étranger.» Swiss WorldCargo, la division fret, continue de soutenir les flux mondiaux de marchandises et les chaînes d’approvisionnement existantes. Helvetic Airways participe aussi aux rapatriements des Suisses.

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Swiss a déjà pris les devants: plan d’économies, chômage partiel pour le personnel, gel des embauches, report de certains paiements, renonciation partielle aux salaires des dirigeants. Ensuite, ce sera aux propriétaires, c’est-à-dire le groupe allemand Lufthansa, de jouer. «Dans un troisième temps, il faudrait des engagements de la Confédération tels que des garanties publiques ou des prêts relais – qui pourront être remboursés après la crise», plaide la porte-parole.

EasyJet, qui vient de verser 60 millions de livres de dividendes à son fondateur Stelios Haji-Ioannou, a aussi fait valoir son droit d’accéder au soutien de la Confédération. «En tant que compagnie suisse employant 1000 personnes sous contrat local sur ses deux bases de Genève et Bâle, nous sommes en contact avec la Confédération», répond une porte-parole. La compagnie low cost souhaite que tous les transporteurs aériens en Europe soient traités sur un pied d’égalité.

Les partis politiques posent des conditions

Les formations politiques soutiennent la démarche de la Confédération, non sans conditions. Les Verts et les Vert’libéraux affirment que toute aide publique doit contribuer à «verdir» le transport aérien. Lisa Mazzone, conseillère aux Etats (Verts/GE), rappelle que ce secteur bénéficie déjà d’un statut privilégié tout en ayant un fort impact sur l’environnement. «L’aide publique doit le pousser à réduire les émissions de gaz à effet de serre», insiste-t-elle.

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Les Vert’libéraux prônent un soutien financier par le biais d’obligations vertes émises par la Confédération. Selon le conseiller national genevois Michel Matter, les compagnies seraient obligées de respecter des critères de durabilité pour accéder aux fonds levés par le biais de cet instrument. Il propose aussi que les compagnies d’aviation participent au développement de trains internationaux pour remplacer les vols de courtes distances.

Pour le Parti socialiste suisse, toute aide publique doit être conditionnée au maintien de l’emploi dans le transport aérien. Il plaide aussi pour la transparence et exige que le remboursement de l’aide passe avant les dividendes et le bonus aux dirigeants.

Pour sa part, le Parti libéral-radical demande que les Etats dans lesquels sont basées les sociétés mères contribuent également. Par exemple, l’Allemagne dans le cas de Swiss. Lufthansa a en effet annoncé mercredi un plan de restructuration de ses activités, ce qui entraînerait une réduction de sa flotte. Pour l’heure, les retombées en Suisse ne sont pas connues.