entretien

Bernhard Hodler: «Je contribue au succès de Julius Baer depuis vingt ans»

Le nouveau directeur général de la banque zurichoise fait le bilan de ses six premiers mois. L'occasion, aussi, d'expliquer ce qu’il veut changer au sein du numéro trois de la gestion de fortune en Suisse, qui publie ce mercredi ses résultats trimestriels

Agé de 58 ans, Bernhard Hodler dirige Julius Baer depuis novembre 2017, à la suite du départ de l’emblématique directeur général Boris Collardi. Après six mois aux commandes, Bernhard Hodler décrit les inflexions qu’il veut imposer à la stratégie du groupe bancaire. Celui qui était surnommé le «ministre de l’Intérieur» revient aussi sur la façon dont il a appris sa nomination.

Le Temps: Vous avez hérité d’une «success story», après des années de forte expansion de Julius Baer. Quelle est votre stratégie pour le groupe?

Bernhard Hodler: Mon plan est de continuer à connaître le succès. Je n’ai pas vraiment hérité de cette situation car j’en ai été partie prenante depuis vingt ans, dont plus de dix-sept au comité exécutif. Je veux que Julius Baer continue à ne faire que de la gestion de fortune, ce qui fait notre force. Par ailleurs, nous devons continuer à investir sur nos 35 marchés clés autour du monde, sur lesquels il faut vraiment être capable de concurrencer les acteurs locaux. C’est une tendance d’avenir pour notre industrie.

Une des facettes de votre fonction consiste à incarner la banque, et vous succédez dans ce rôle à une personnalité très connue et très médiatique, Boris Collardi (qui deviendra associé de Pictet en juin). Comment appréhendez-vous cette nouvelle dimension?

J’apprécie cet aspect de mon nouveau rôle, j’ai accordé beaucoup d’interviews à des médias, j’ai rencontré de nombreux clients et investisseurs, et je vais continuer.

Vous voyez-vous comme un directeur ad interim?

Non. J’ai été élu par le conseil d’administration, avec la mission de faire grandir la banque et c’est ce que je vais faire.

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Comment avez-vous appris votre nomination, durant le week-end du 25 novembre 2017, lorsque Boris Collardi a annoncé son départ?

J’ai eu un appel du président du conseil qui m’a demandé si j’étais prêt à prendre le poste. J’ai immédiatement répondu oui. Je connaissais l’entreprise parfaitement en tant que directeur général adjoint. La réponse était claire pour moi.

Allez-vous mettre l’accent sur de nouveaux marchés?

Nous avons investi en Amérique latine récemment, où nos principaux marchés sont l’Argentine, le Brésil, et le Mexique. En Asie, nous sommes partie prenante dans une joint-venture en Thaïlande, un marché important.

Et la Chine?

Actuellement, nous servons ce grand marché depuis Singapour ou Hongkong. L’étape suivante serait d’avoir une activité «onshore» en Chine, où les règles sur les joint-ventures ont récemment été assouplies [un acteur étranger pourra détenir la majorité d’une coentreprise, ndlr]. Nous réfléchissons, avec prudence.

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Bank of China va revenir à Genève, pour faire du financement de matières premières, après avoir mis fin à son aventure dans la gestion de fortune au bout du lac en 2012. Julius Baer avait alors repris ses activités genevoises. Allez-vous coopérer avec elle à Genève?

Nous nous sommes rapprochés de Bank of China lorsque nous avons repris leur entité de gestion de fortune à Genève, en 2012. Mais nous n’avons pas de plan pour coopérer avec eux au niveau suisse à nouveau.

Allez-vous changer des choses pour Julius Baer à Genève?

Notre entité genevoise a connu une croissance très substantielle depuis dix ans, de manière organique et via des acquisitions. Nous avons maintenant près de 500 collaborateurs à Genève, qui est l’une de nos plus grandes plateformes. Nous continuerons à croître et investir. Au niveau local, il n’y a pas de changement dans le management à Genève.

Avez-vous relevé les objectifs de croissance de la banque, en particulier celui de 4 à 6% de croissance annuelle des avoirs?

Nos objectifs actuels, définis sur trois ans, sont valables jusqu’à fin 2018. Nous verrons alors si nous les confirmons ou si nous changeons. Ils sont toujours pertinents, je pense qu’ils sont raisonnables et que nous pouvons les atteindre de manière durable et rentable.

Julius Baer génère davantage de bénéfice net par unité d’avoir géré que ses concurrents genevois*. Est-ce parce que vous attribuez davantage de crédit à vos clients, ce qui signifie que vous prenez davantage de risques?

Notre grand avantage est que nous offrons tous les produits et services de la gestion de fortune, y compris les produits structurés, du service sur les changes, etc. Nos encours de crédit ont bien progressé en parallèle à la hausse des avoirs sous gestion, sans aucune perte depuis de nombreuses années. C’est un service que Julius Baer veut offrir, en complément à d’autres produits, surtout pour nos clients en Asie. Nous le faisons de manière très prudente.

Sous Boris Collardi, Julius Baer avait procédé à de nombreuses acquisitions, avec succès. Allez-vous continuer sur cette voie?

Nous observons le marché et nous sommes systématiquement approchés lorsque quelque chose est à vendre. Ces derniers mois, nous avons constaté que les prix étaient un peu élevés et que la qualité n’était pas toujours au niveau de nos attentes. Ce qui explique que nous n’ayons effectué que de petites transactions, comme l’acquisition du gérant brésilien Reliance, fin janvier. Je pense que la consolidation va se poursuivre et si des opportunités correspondent à notre profil, nous pourrions participer à ce mouvement. Notre activité est devenue plus complexe depuis cinq ou dix ans, elle requiert d’importants investissements, dans la technologie ou dans les aspects juridiques. Ils seront peut-être plus difficiles à effectuer pour certains acteurs si les marchés financiers sont moins performants dans les prochaines années.

* En 2017, Julius Baer a dégagé 805,6 millions de francs de bénéfice net pour 388 milliards d’avoirs sous gestion ou administration. Ce qui correspond à 2,076 millions de bénéfice net par milliard de francs d’avoirs. Ce chiffre s’élevait l’an dernier à 1,123 million chez Pictet et à 530 millions chez Lombard Odier.


Durant les quatre premiers mois de l'année, la masse sous gestion a dépassé les 400 milliards

Lors d'un point sur son activité sur les quatre premiers mois de l'année, Julius Baer a indiqué avoir dépassé la barre des 400 milliards de francs suisses d'actifs sous gestion. Sa masse sous gestion a dépassé les prévisions, atteignant 401 milliards de francs suisses (343 milliards d'euros), soit une hausse de 13 milliards depuis le début de l'année. Les analystes interrogés par l'agence suisse AWP tablaient en moyenne sur 398,7 milliards d'avoirs sous gestion.

La banque a expliqué cette hausse principalement par les afflux d'argent frais et les effets de change, plutôt que par les gains sur les marchés financiers qui sont, eux, restés globalement stables.

Les entrées de nouveaux capitaux se sont inscrites en hausse de 5%, dans la fourchette de ses objectifs d'une croissance de l'ordre de 4 à 6%, sous l'impulsion des afflux venus d'Europe, de Suisse et d'Asie.

Sa marge brute s'est quant à elle accrue de 5 points par rapport au deuxième semestre 2017, à 93 points de base, sur fond de hausse des transactions de la part de ses clients, les accès de volatilité sur les marchés ayant dopé les frais et commissions facturées, a précisé la banque. (ATS)

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