Arnaque

Les «Bernie Madoff» prolifèrent en Chine

Les structures pyramidales sont omniprésentes dans l’Empire du Milieu. Leurs opérateurs n’hésitent pas à adopter des tactiques dignes d’une secte pour gagner et retenir des membres

Li Wenxing avait 23 ans. Ce jeune ingénieur né dans une famille paysanne dans la province de Shandong, dans le nord-est de la Chine, venait de décrocher son premier emploi dans une entreprise de tech à Tianjin, non loin de Pékin. Mais dès son arrivée, fin mai, il s’est mis à snober sa famille et à demander des prêts à ses amis. Le 8 juillet, il a téléphoné une dernière fois à ses proches. «Si quelqu’un vous demande de l’argent, ne leur donnez rien», a-t-il averti. Une semaine plus tard, il était retrouvé noyé au fond d’un étang. Appâté par une fausse annonce d’emploi, Li Wenxing s’était retrouvé au cœur d’une structure pyramidale. Endetté jusqu’au cou, il a mis fin à ses jours.

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Ce genre de montages – aussi appelés systèmes de Ponzi – prolifère en Chine. En 2016, la police en a démantelé 2826, soit 19% de plus que l’année précédente. «Beaucoup de Chinois se sont enrichis très vite ces vingt dernières années et ont des attentes irréalistes en termes de retours sur leurs investissements, indique Violet Ho, une directrice de l’agence de gestion du risque Kroll. Ils s’attendent à un rendement de 20 ou 30%, et risquent donc de tomber dans le piège de ces structures pyramidales qui leur promettent de doubler leur mise en un an.»

Manque de culture financière

A cela s’ajoute l’absence de produits financiers sûrs en Chine, un marché immobilier en feu et le manque de sophistication financière d’une population qui découvre tout juste l’épargne. Parmi les personnes ciblées en priorité figurent les seniors et les étudiants au chômage.

«Ils sont souvent recrutés sur les réseaux sociaux, attirés par la promesse d’un emploi ou de cadeaux, relève Violet Ho. En échange, on leur demande de participer à un séminaire et de s’acquitter d’une petite cotisation, qui ne dépasse en général pas les 500 yuans (74 francs).» On leur promet alors des retours mirobolants s’ils recrutent d’autres adhérents. Au fil des mois, on leur demande d’investir toujours plus dans la structure. L’argent – pour ceux qui en voient la couleur – provient des nouveaux membres.

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Mi-septembre, 110 personnes ont été arrêtées dans le Sichuan lorsqu’une structure pyramidale visant des étudiants a été démantelée. Elle leur promettait une voiture de luxe et 1 million de yuans (près de 150 000 francs) s’ils investissaient 69 800 yuans (10 300 francs) dans l’organisation.

En zone rurale, les structures pyramidales prennent souvent la forme de ventes directes, soit du porte-à-porte pour écouler des vitamines ou des cosmétiques. Dans les grandes villes, ce sont les fausses plateformes de finance peer-to-peer qui se multiplient. En septembre, le chef de la plus importante fraude de ce genre, Ding Ning, un trentenaire qui a fondé le site Ezubao, a été condamné à la prison à vie. Surnommé le Bernie Madoff chinois, il a fait perdre 50 milliards de yuans (7,4 milliards de francs) à 900 000 investisseurs en l’espace de dix-huit mois.

Lavage de cerveau et violence physique

«En Chine, les structures pyramidales sont presque des sectes, précise Violet Ho. Elles utilisent des tactiques de lavage de cerveau pour endoctriner et retenir les membres. Et ceux qui souhaitent les quitter subissent des intimidations.» Les pièces d’identité et les téléphones des nouveaux membres sont souvent confisqués et on les encourage à rompre tout lien avec leurs proches. A Beihai, dans le Guangxi, les fondateurs d’un système de Ponzi ont mis sur pied un gigantesque camp. «Des milliers de membres vivaient ensemble, passant leurs journées à lire du matériel théorique fourni par l’organisation», explique la directrice de l’agence Kroll.

En juin, Pékin a connu l’une de ses plus importantes manifestations lorsque près de 60 000 membres d’une structure pyramidale appelée Shanxinhui sont descendus dans la rue pour protester contre l’arrestation de leur leader, Zhang Tianming, vénéré comme un gourou. Il avait monté une pseudo-ONG qui récoltait des contributions pour des projets de lutte contre la pauvreté. Il jurait de les repayer avec un profit de 50%. Quelque 5 millions de personnes se sont laissé tenter.

Les opérateurs de ces fraudes n’hésitent pas à faire usage de violence. He Linkun, un jeune homme de 23 ans qui refusait de recruter de nouveaux membres pour une structure pyramidale, a été battu à mort dans le Shanxi. Zhang Chao, un étudiant, est décédé d’une insolation après avoir été abandonné sur le bord d’une route à Tianjin par les patrons de son organisation.

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