Bertelsmann joue désormais dans la cour des grands. Le groupe familial allemand a annoncé lundi la prise de contrôle de RTL Group, numéro un des médias en Europe avec 22 chaînes de TV, 18 stations de radio et 70 sites Internet. Dans la foulée, Bertelsmann annonce son intention d'entrer en Bourse afin de lever sur les marchés financiers les milliards qui lui permettront de batailler avec ses grands concurrents internationaux, AOL-Time Warner et Vivendi Universal. La transaction doit encore recevoir le feu vert des autorités de la concurrence européennes et des actionnaires des parties en présence.

Pour consolider sa position, Bertelsmann a repris au terme d'une négociation de plusieurs mois les 30% de Groupe Bruxelles Lambert (GBL) dans RTL Group afin de porter sa participation à 67%. En échange, Bertelsmann a dû ouvrir son capital à Albert Frère et Paul Desmarais, les patrons de GBL, qui entrent à hauteur de 25% dans le groupe de communication et décrochent deux sièges au conseil de surveillance du groupe allemand. GBL pourra céder son paquet d'actions d'ici 3 à 4 ans.

Avec 76 000 employés, une présence dans 54 pays et un potentiel de 240 millions de clients au vu de ceux déjà recensés par ses différentes filiales, Bertelsmann peut afficher des objectifs ambitieux. La stratégie de Thomas Middelhoff, président du directoire, consiste à s'adresser à toujours plus de consommateurs de médias. En la matière, Bertelsmann a déjà montré qu'il pouvait voir grand. Il y a moins de cinq ans, le groupe a fusionné sa division télévision avec la CLT de Albert Frère puis a opéré au printemps 2000 un rapprochement avec la filiale spécialisée de Pearson pour donner naissance à RTL Group. Pour Thomas Middelhoff, la prise de contrôle de RTL Group permettra à la société de se renforcer sur le marché futur de la télévision. La mise en Bourse annoncée de Bertelsmann prend des airs de révolution en Allemagne. Le descendant des fondateurs de la maison créée en 1835 et qui a débuté en éditant les contes de Grimm déclarait encore en 1999 qu'une cotation n'était pas envisagée. Le groupe avait toutefois déjà fait preuve d'initiative en renonçant il y a deux ans à une direction familiale. Reste que les propriétaires de Bertelsmann ont réaffirmé lundi leur volonté de ne pas se laisser dévier de leur «indépendance entrepreneuriale». Ainsi, GBL ne contrôlera que 25% des droits de vote, ce qui lui interdit de disposer d'une minorité de blocage.

Pour Richard Jones, analyste auprès de UBS Warburg et cité par Bloomberg, l'opération va permettre à Bertelsmann d'accélérer sa stratégie d'acquisition en Europe. Le groupe qui avait conservé jusqu'ici son profil de groupe familial veut trouver de nouvelles ressources pour s'imposer dans son secteur. AOL avait dû débourser 124 milliards de dollars pour s'emparer de Time Warner, Vivendi 30 milliards pour racheter les activités médias de Seagram. Une fois coté, Bertelsmann pourra aussi lever des montants importants afin d'étendre son réseau de médias.

Avec la simplification de sa structure de capital annoncée lundi, le groupe estime aussi avoir «trouvé une nouvelle possibilité […] d'utiliser ses propres actions comme monnaie d'acquisition». Les dirigeants de Bertelsmann avaient indiqué en septembre dernier qu'ils disposaient d'un «trésor de guerre» de 15 milliards d'euros, ce qui explique sûrement que le groupe a été très actif ces derniers mois. Un accord a été passé avec Napster qui terrorisait jusqu'ici l'industrie de la musique en offrant en ligne le catalogue des maisons de disques. Dans ce domaine encore, Bertelsmann cherche toujours à marier BMG avec le britannique EMI. Enfin, le groupe a développé ces dernières années des activités Internet importantes à travers des firmes comme Bol.com, CDnow et Barnesandnobles.com.