Le manque d’accès aux capitaux pour les PME, en particulier dans les marchés émergents, n’est pas un constat nouveau mais il s’accentue d’année en année depuis la crise des subprimes de 2008. Les réformes adoptées par le législateur ont précipité le retrait d’acteurs institutionnels majeurs pour qui le financement des transactions de matières premières, même non-spéculatif, est devenu moins attrayant. Les PME des marchés émergents sont les premières à en souffrir puisque 56% de leurs demandes de financement sont aujourd’hui rejetées contre seulement 10% pour les multinationales, soit un déficit total estimé à 1600 milliards de dollars.

Le segment de marché de PME qui n'en profite pas

Si la microfinance est omniprésente en Suisse, leader européen de la spécialité, on qualifie désormais de «missing middle» ce vaste marché de PME qui n’en bénéficie pas. L’impact sur la productivité est conséquent puisque selon l’OCDE la production des PME représente en moyenne 40% du PIB des économies émergentes, contre 70% chez ses pays membres. L’écart nous rappelle que le développement de marchés inclusifs et productifs doit passer par un soutien accru aux PME en économies émergentes. Le financement de ce segment est l’un des objectifs principaux de l’agenda du G20 en 2016, qui préconise notamment le développement de nouveaux modèles de participation en partenariat avec la gestion alternative pour mieux y pallier. 

Tandis que l’industrie de la banque privée trépigne face à la transition du secret bancaire à la transmission de données, la Suisse dispose de sérieux atouts pour se repositionner en championne de la finance inclusive et durable, en puisant dans deux réseaux de compétences clés : ses financiers et ses institutions de développement. Déjà un tiers des investissements mondiaux pour le développement est géré depuis des institutions Suisses, secteur en plein essor puisqu’il a progressé de 18% de 2014 à 2015 pour atteindre aujourd’hui près de 10 milliards USD sous gestion. On assiste donc à la réelle prise de conscience que la finance inclusive et durable est un moteur de croissance aussi bien à la destination qu’à l’origine de l’investissement.

Une double opportunité

L’opportunité pour l’investisseur est double. D’un côté il participe à la croissance des marchés émergents en soutenant la pérennité des chaines de valeur locales et donc la création d’emploi, la réduction de la pauvreté et la sécurité alimentaire. De l’autre, il bénéficie de rendements performants et peu corrélés aux actifs traditionnels dont on peine actuellement à extraire des retours stables. En outre il se distance des dérives de la philanthropie, parfois critiquée pour son paternalisme et son élitisme, contre-productifs sur le long terme. Qu’il s’agisse de financements par dette ou par actions, l’alignement d’intérêts entre l’investisseur et le bénéficiaire produit une relation commerciale qui récompense l’engagement mutuel par un rendement durable.

Le chemin vers l’homogénéité reste long: la Banque Mondiale estime à 600 millions le nombre de postes à créer ces 15 prochaines années afin d’absorber la main d’œuvre mondiale, et ce principalement en Afrique sub-Saharienne et en Asie, où les croissances économique et démographique anticipées sont les plus fortes. Dans ces deux régions on estime que 4 postes sur 5 seront créés par les PME: le besoin – et donc l’opportunité – en capital de croissance est vaste. Si ces géographies peuvent intimider de par le risque qu’on y associe, il existe une offre croissante en Suisse de gestionnaires innovants, dont les performances démontrent l’aptitude à y faire fructifier les capitaux de manière inclusive et durable.


A ce sujet