Finance durable

Le besoin de diversifier les styles

L’utilisation de plusieurs chemins ISR permet de maximiser l’impact sur l’économie réelle

Le débat sur l’adoption d’une démarche d’investissement responsable (IR) montre que plusieurs chemins mènent à cette décision. Ces différentes voies tendent soit à une recherche de matérialité soit à une volonté d’impact.

Matérialité des valeurs Historiquement, la première matérialité qui a amené les investisseurs à considérer une approche responsable était liée aux valeurs: peut-on accepter de bénéficier de rendements financiers issus du travail des enfants, du tabac, de la corruption? Une décision d’exclusion se justifie en relation avec le devoir fiduciaire des responsables de la gestion, même au détriment de la performance. Elle est la conséquence d’une hiérarchisation de la primauté des moyens sur la primauté des résultats. De cette approche s’est répandue l’idée, simpliste, que cela «coûte» d’être éthique.

Matérialité

de la performance Cette conception plus moderne (début des années 90) part du postulat que les entreprises qui sont les plus à même d’intégrer dans leurs processus décisionnels les risques et les opportunités liés aux dimensions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) seront les leaders de demain. De nombreuses études académiques, qui cherchent à démontrer l’existence de ce lien, arrivent systématiquement à la même conclusion: dans la théorie actuelle d’évaluation des actifs financiers, tout impact sur la performance ou sur le risque est intégré par le marché et ne peut donc avoir qu’un effet transitoire sur le ratio performance/risque. On arrive alors à la conclusion théorique que les investissements IR ne font, en moyenne, pas mieux ni moins bien que les fonds d’actifs traditionnels. Cela semble confirmé par diverses études empiriques, même si, comme dans la gestion traditionnelle, certains gérants montrent des capacités supérieures à la moyenne.

Matérialité

sur l’économie réelle C’est sur cette dimension que l’IR a montré une réelle efficacité de son approche. En effet, le modèle utilisé par les pionniers de l’IR, pour compléter l’évaluation financière traditionnelle, prend directement en compte les parties prenantes réelles de l’entreprise: conseil d’administration, dirigeants, employés, clients, fournisseurs, société civile, actionnaires et environnement. C’est une finance au service des clients, bien sûr, mais aussi une finance qui promeut, à travers des modèles d’analyse ESG, un nouveau modus operandi des entreprises axé sur le long terme, la prise en compte des externalités et des enjeux liés au développement durable.

Le succès des investisseurs responsables dans cet objectif est incontestable. De plus en plus d’entreprises ont intégré cette approche, systématisée à plus grande échelle à travers l’initiative Global Reporting Initiative (GRI) par exemple. Ainsi, un reporting systématique sur des indicateurs extra-financiers, propres à chaque secteur ou activité, est adopté par un nombre croissant d’entreprises.

Dans la gestion de portefeuille, une diversification des styles d’investissement est nécessaire pour en limiter le risque global. Dans le domaine de l’investissement responsable, une diversification des styles IR permet en plus de maximiser l’impact effectif des investissements sur l’économie réelle par des approches complémentaires qu’il faut cependant choisir en toute connaissance:– Les fonds IR d’engagement se distinguent de par leur approche systématique de dialogue ESG avec les entreprises. Le dialogue d’influence se veut transversal et sur des thématiques précises, et cherche à promouvoir les bonnes pratiques opérationnelles dans des domaines tels que les droits humains, la gouvernance, le changement climatique ou la chaîne des fournisseurs. Ils sont aussi très actifs lors de controverses environnementales et sociales graves et peuvent exclure certaines sociétés si celles-ci ne prennent pas des mesures correctrices;– Les fonds IR Best In Class ou d’intégration ESG visent à promouvoir un nouveau modèle de gestion des entreprises qui englobe les enjeux ESG. De par la nécessité d’avoir accès à ces informations auprès des entreprises, ces acteurs font pression sur celles-ci pour qu’elles communiquent sur la façon dont elles gèrent ces enjeux. En répondant de plus en plus systématiquement à ces demandes, les entreprises progressent et intègrent davantage, aux niveaux stratégique et opérationnel, une gestion active et responsable de leurs externalités: émissions CO2, consommation de ressources, durabilité sociale et environnementale de leurs fournisseurs par exemple;– Les fonds IR thématiques ou d’impact cherchent à avoir un impact direct sur la durabilité de notre société en favorisant explicitement les activités économiques en lien avec les enjeux environnementaux liés aux ressources ou au bien-être social comme, par exemple, favoriser l’accès à du financement pour des populations défavorisées.

C’est donc par l’effet conjugué des différents styles IR que cette vision nouvelle de l’investissement parviendra au mieux à ses objectifs: un développement plus durable de la société, sans prétériter les valeurs et les attentes légitimes de rendements des investisseurs.

* Directeur des investissements de la Banque Bonhôte & Cie SA ** Associé Conser Invest

Les fonds IR thématiques ou d’impact cherchent à avoir un impact direct sur la durabilité

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