Horlogerie

«Pas besoin d’une adhésion» à l’EEE

Nick Hayek dénonce la «folie des grandeurs» qui s’est emparée du salon de Baselworld

L e Temps : Alors que votre réseau Hour Passion ouvre une nouvelle boutique à Paris, quelles sont vos ambitions pour ce concept de magasins, destinés à vos marques Rado, Longines, Tissot, etc.?

Nick Hayek: Cette expérience a débuté en Russie, où nous disposons désormais de deux enseignes. On donne de la place à toutes nos marques haut de gamme, entrée et moyen de gamme du groupe, de Swatch à Longines-Rado. On a décidé de lancer ce concept dans les villes ou les pays où la distribution est totalement négligée par les détaillants locaux avec des points de vente qualitativement inacceptables. Des ouvertures sont prévues prochainement à Rome et à Londres. Après, on verra. En Suisse, rien n’est prévu de ce genre puisque les détaillants sont d’excellents partenaires.

– Votre concurrent Richemont vend déjà 50% de ses produits dans ses propres boutiques. Et vous?

– C’est très différent de marque en marque. Swatch par exemple est aujourd’hui à environ 35% voire 40% de chiffre d’affaires à travers ses propres magasins. Et cela pourrait un jour même aller au-delà de 60%. Omega, qui est aujourd’hui aux alentours de 13%, pourrait un jour arriver entre 20% et 30%. Et Breguet et Blancpain peuvent viser plus haut qu’Omega. Mais nous allons continuer de travailler avec des détaillants de qualité. Par contre dans certains pays, comme les Etats-Unis, le taux de propres magasins – incluant les boutiques Tourbillon – pourrait bien dépasser les 50 à 60%.

– Où en sont les tractations avec la Comco pour parvenir à un accord sur la diminution des livraisons de composants à des tiers?

– Les discussions se poursuivent. Cela prend du temps. En attendant, ce sont les mesures provisionnelles qui prévalent.

– Baselworld l’an prochain aura un tout autre visage, avec des travaux d’agrandissement de 400 millions de francs. A quoi ressembleront vos stands, pour quel coût?

– C’est la folie des grandeurs. Je n’aime pas cette tendance. Bien sûr, nous aurons plus de place, près du double, notamment avec l’intégration de Swatch pour la première fois, mais cette extension a pratiquement été forcée par l’agrandissement de la foire. Cette course à la taille n’est pas productive. Nous verrons ce que cela donnera en 2013. En tout cas chez nous au niveau de l’innovation du produit, Bâle 2013 sera une grande année, mais pas à cause de la taille des stands!

– Des experts estiment qu’il n’est pas idiot de réfléchir à l’adhésion de la Suisse à l’EEE. Votre avis?

– Je ne comprends pas pourquoi ce sujet redevient d’actualité. Cela fait déjà vingt ans. C’est du passé. Regarder en arrière ne sert à rien. La voie bilatérale a montré toute son efficacité. C’est la meilleure. Si nos partenaires ne veulent plus négocier avec nous, alors mettons un terme aux discussions. C’est aussi simple que ça. Et cessons d’avoir peur à chaque menace qui est brandie. Les Européens ont aussi beaucoup à perdre. L’importance de notre pays est bien plus grande qu’ils ne veulent l’admettre. La Suisse doit garder sa sérénité. Ce serait plutôt à l’Europe de s’inspirer de la Suisse. Qu’ils viennent chez nous et copient nos méthodes. Je pense notamment au frein à l’endettement et à la péréquation financière. Deux outils très bien faits.

– Donc pas d’adhésion?

– Nous n’en avons pas besoin. Le monde est bien plus grand que l’Europe.

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