Cet été, «Le Temps» vous emmène sur la piste du sucre, denrée plaisir, désir coupable, valeur industrielle et monnaie d'échange

La voix est inquiète au téléphone. «Vous êtes sûre de vouloir venir maintenant? Il n’y a plus rien à voir… Il vaudrait mieux attendre octobre, quand la campagne reprend.» Car en été, la sucrerie est entre deux cycles et prend des airs de grandes vacances, elle se lave, elle répare ses machines, elle souffle. Ah, ces urbains qui ne connaissent rien au rythme de la betterave!

Le rendez-vous est pourtant pris, à une date stratégique: quelques jours après le dimanche de votations sur les initiatives pesticides, combattues de toutes leurs forces par les betteraviers. Et il se trouve que je connais bien dame betterave. Je l’ai fréquentée malgré moi étant enfant, née dans un nord de la France où la racine prenait une grande place dans nos vies. Une grande place olfactive, s’entend. L’odeur âcre et forte des bassins d’eau où les betteraves pleines de terre attendent d’être utilisées peut difficilement être oubliée. J’aurais presque apprécié de la retrouver, en descendant du train à Aarberg, en ce jour brûlant de juin – on a les madeleines qu’on peut.