Betterment, le robot conseiller qui défie les banques avec ses solutions automatisées

Innovation La firme new-yorkaise compte 100 000 clients qui utilisent ses solutions

En plus de la clientèle privée, certains «robo advisors» s’adressent spécifiquement aux gérants de fortune

En sortant de l’ascenseur qui mène chez Betterment, il est difficile de savoir si l’on se trouve encore dans la cafétéria ou déjà dans l’entreprise. Logée dans un bâtiment un peu vieillot de Manhattan, la jeune pousse new-yorkaise rassemble sur deux étages ses quelque 110 employés. Au début de la décennie, la société créée par Jon Stein et Eli Broverman a été parmi les premières à élaborer des solutions de type «robo advisor», ou robots conseillers. Avec celles-ci, le client fournit au site des indications sur sa tolérance envers le risque et ses préférences d’investissement. La gestion des placements et le rééquilibrage du portefeuille sont ensuite assurés de manière automatisée.

Dans le vaste espace qui réunit un bar et des tables en bois en guise de bureaux, quelques employés, âgés de 25 à 35 ans et se présentant par leurs prénoms, abandonnent quelques instants leur activité pour rencontrer la délégation invitée par Switzerland Global Enterprise la semaine dernière. L’un des employés énumère rapidement la palette des différents services proposés par Betterment: rééquilibrage automatique du portefeuille, réinvestissement des dividendes, services d’optimisation fiscale. S’y est ajoutée récemment une offre liée au système d’épargne retraite appelé 401 (k) outre-Atlantique.

La société compte plus de 100 000 clients aux Etats-Unis et gère 2,6 milliards de dollars d’actifs, comparé à 1,1 milliard à fin 2013. Son client type est âgé en moyenne de 36 ans, avec des montants atteignant typiquement quelques dizaines de milliers de dollars. Le compte le plus élevé allant jusqu’à 10 millions.

L’idée d’une expansion à l’étranger n’enthousiasme pas la jeune pousse: «Il existe bien sûr des marchés potentiellement attrayants pour nous en théorie. Mais il faut tenir compte des différences en matière de réglementation ou de fiscalité. Une expansion internationale représenterait beaucoup de travail et serait une distraction», estime Joe Ziemer, en charge de la communication.

Techniquement, les placements sont effectués à l’aide de fonds indiciels (ETFs). Une approche qui lui permet de maintenir ses coûts très bas, avec des frais de gestion situés entre 0,15 et 0,35%. La société ne craint-elle pas l’arrivée d’offres à des tarifs encore plus faibles? «Notre avantage concurrentiel n’est pas d’offrir les frais les plus bas. Il se situe au niveau de la technologie que nous avons développée et de l’aisance d’utilisation pour le client», juge Joe Ziemer.

Si Betterment s’adresse aux clients individuels, son offre intéresse aussi des conseillers financiers aux Etats-Unis: «Ils ont tout avantage à se concentrer sur des questions comme la planification immobilière, celle des retraites ou le financement des études. L’allocation d’actifs n’a jamais été le point fort des conseillers financiers. Souvent, ceux-ci ne nous considèrent pas comme des concurrents», observe Joe Ziemer.

Si les divers robots conseillers, comme Betterment ou WealthFront, actifs aux Etats-Unis, ou encore True Wealth en Suisse, s’adressent aux clients finals, certaines plateformes ciblent spécifiquement les gérants de fortune. C’est le cas de la société new-yorkaise Investment POD, une plateforme numérique qui est dédiée aux conseillers financiers.

Pour Kathleen DeRose, fondatrice de la société de capital-risque Go Beyond, basée à Londres, l’offre proposée par les robots conseillers ne se limite plus à des prestations très standardisées à bas coûts. Elle tend à gagner en complexité. Fait intéressant selon la spécialiste, le robot conseiller britannique Nutmeg a élargi son offre de services en proposant aussi un conseil personnalisé – assuré cette fois par des humains.

«Les conseillers financiers ne nous considèrent souvent pas comme des concurrents»