«Pourquoi voulez-vous devenir avocat?» A cette question, Frédéric* a répondu que, comme au hockey, il y a deux camps, avec des juges et des arbitres. La comparaison a fait mouche. Hockeyeur semi-professionnel, il s'est appuyé sur ce hobby pour montrer qu'il sait travailler avec des coéquipiers, et il a été engagé par l'étude genevoise dans laquelle il postulait. A l'inverse, le patron de Georges* a vu d'un mauvais œil son chef des ventes se mettre à la moto: il craignait un accident qui l'aurait privé d'un employé ayant une fonction clé.

Comment les recruteurs perçoivent-ils les loisirs mis en avant dans un CV? Beaucoup de hobbies renvoient une image positive des candidats et il est bien vu de déclarer des centres d'intérêt. Mais a contrario, certaines passions font tiquer les employeurs. Tour d'horizon des avantages et des inconvénients.

L'impact des loisirs se fait d'abord sentir lors d'un entretien d'embauche. «Quand il reste deux ou trois candidats, il faut très peu de chose pour que l'un soit choisi plutôt que l'autre», constate Jean-François Oberson, qui dirige HR Top, société de recrutement spécialisée dans la recherche et la sélection de cadres. Et, parfois, cela se joue sur le fait que le contact a bien passé, grâce à une passion commune. Conseiller en transition de carrière, Trevor Wade estime pour sa part qu'il faut mentionner ses loisirs. Et notamment parce que ceux-ci donnent un aperçu de la personnalité du candidat, ce qui intéressera toujours le recruteur.

Parmi les activités à double tranchant: l'alpinisme en haute montagne. Côté pile, cela renvoie l'image de quelqu'un de dynamique, persévérant et ayant le goût de l'effort. Côté face, l'employeur y verra les risques d'accident et donc d'absentéisme. A cet égard, le même sport sera parfois mieux perçu s'il est pratiqué en amateur du dimanche plutôt que de façon intensive. Aussi pour des questions de disponibilité.

Autre crainte récurrente des employeurs: celle des loisirs trop envahissants. «Quand quelqu'un passe tous ses week-ends à dresser des chiens de traîneau, l'entreprise peut penser que le candidat met sa priorité là-dessus, et pas sur son travail. En même temps, c'est un facteur d'équilibre», constate Olivier Riem, de la société Everest, spécialisée dans le recrutement et le placement de cadres.

Loisirs des cadres sous la loupe

Les loisirs des cadres seront regardés plus attentivement que ceux d'un simple employé. «Le profil type du cadre, de celui qui perce, est quelqu'un de très actif, qui a beaucoup d'activités extraprofessionnelles. Cela indique le manager capable de gérer beaucoup de choses à la fois», estime Dominique Schaller, conseiller en personnel chez Formation Conseil. «Plus on monte dans la hiérarchie, plus les gens ont des passions et des loisirs», estime de son côté Olivier Riem.

Le plus mal perçu, même s'il y a des exceptions, est d'ailleurs de ne pas avoir de loisirs du tout. «Ça fait partie de la sociabilité. Quelqu'un qui n'a pas d'amis, pas de loisirs, ça se sent, surtout lorsque l'on est dans des métiers de jeunes, actifs et urbains», estime Philip Rollman qui dirige une agence de pub. Les avis fusent lorsqu'on évoque un tel profil, aussi bien chez les chasseurs de têtes que chez les entrepreneurs. Les uns parlent de candidat à la dépression n'ayant pas de soupape de sécurité si ça va mal au travail. Les autres d'individu limité et plutôt amorphe. «Cela peut être perçu comme le fait qu'on a quelque chose à cacher», ajoute aussi Trevor Wade. «Je vais plutôt engager quelqu'un ayant des loisirs», explique de son côté Gisèle Rufer, créatrice d'une marque de montres. Et cela y compris si elle considère a priori le hobby en lui-même comme peu intéressant. Elle estime en effet que les gens ayant des centres d'intérêt en dehors de leur travail seront moins enclins à créer des histoires, en médisant de leurs collègues notamment.

Les loisirs ont également un impact pour les collaborateurs en poste, en particulier pour ceux qui ont des responsabilités et dans certaines professions. «Le 80% des personnes qui pratiquent le golf le font pour les affaires», estime Chantal Aubort-Jaccard, qui dirige un cabinet spécialisé dans le conseil économique et juridique aux entreprises.

Question de réseau

Dans la banque et la finance, la recherche de clients fortunés se fait beaucoup par le bouche-à-oreille. Et pour évoluer dans ces milieux, mieux vaut fréquenter un cercle de voile qu'un club de scrabble. «J'ai un beau-frère qui travaille dans la gestion de fortune. Il a beaucoup amélioré ses relations par l'aviation et le golf. Moi-même, j'ai acquis certains de mes principaux clients par le tennis», relève Jean-François Oberson, qui travaille beaucoup pour des multinationales. «Cela permet de se situer socialement. C'est très important dans les petites boîtes. Le réseau qu'on a va attirer des clients», renchérit Chantal Aubort-Jaccard.

Si elles ne posent pas de problème en soi, les activités solitaires sont d'ailleurs en général moins cotées. «La personne qui fait des activités de groupe sera perçue comme un bon manager. Ce qui n'est pas forcément vrai», relève Jean-François Oberson.

Le plus délicat? Peut-être certains engagements politiques, même dans un mouvement n'ayant rien d'extrémiste. «Quelqu'un de plutôt écolo sera mal vu dans certaines boîtes», illustre Dominique Schaller. «Ça dépend de la personnalité du supérieur, plus que de l'entreprise», estime de son côté Gisèle Rufer, qui a travaillé auparavant dans une grande société horlogère.

Reste qu'en général celui qui apprend les langues sera bien considéré, parce que cela peut être utile à l'entreprise. Tout comme l'ingénieur en recherche et développement qui surfe sur Internet durant son temps libre en quête de nouvelles technologies. Mais est-on encore vraiment dans le domaine des loisirs?

* Prénom d'emprunt