Les marchés financiers ont subi un début d’année 2017 rythmé par les déclarations des politiques et des banques centrales, se détournant encore une fois des fondamentaux économiques. En Europe, la peur d’une montée du populisme à travers les pays membres de l’Union a pesé lourdement sur la monnaie unique durant le mois de mars et a également impacté le marché obligataire, créant des opportunités intéressantes.

De l’autre côté de l’Atlantique, le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (Federal Open Market Committee, FOMC) a relevé comme prévu ses taux d’intérêt directeurs de 25 points de base. Cependant, la présidente de l’institution, Janet Yellen, a surpris les intervenants par le ton relativement prudent utilisé durant la conférence de presse qui s’en est suivie.

Le doute sur les sondages

Le retour du protectionnisme sur la scène internationale, et plus particulièrement dans les pays occidentaux, continue de faire craindre le pire pour le futur de l’Union européenne (UE). Cette peur a de plus été amplifiée par l’incapacité des instituts de sondage à prédire de manière fiable les résultats des dernières votations populaires. Le Brexit et les élections présidentielles aux Etats-Unis en sont les exemples les plus flagrants.

L’agenda politique est en effet plutôt chargé cette année dans l’Union, puisque plusieurs pays vont devoir soit élire leurs parlementaires, soit leur gouvernement, et parfois même les deux. Les élections législatives aux Pays-Bas, qui se sont tenues la semaine dernière, étaient suivies avec une certaine nervosité par les intervenants, qui redoutaient une montée des eurosceptiques par le biais d’un solide soutien au Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders. C’est donc avec un certain soulagement que les investisseurs ont pris connaissance des résultats, apaisant sensiblement les craintes d’un éclatement de l’UE.

Risques politiques omniprésents

Le prochain test pour l’UE, et potentiellement pour la monnaie unique, reste l’élection présidentielle française. En effet, une accession au pouvoir de Marine Le Pen verrait apparaître le risque d’un éventuel «Frexit» et le retour de mesures protectionnistes, qui sont tous deux perçus de manière négative par les investisseurs. Contrairement au marché des changes, qui s’est déjà détendu suite aux résultats néerlandais, le marché obligataire traduit quant à lui une inquiétude toujours vive. Le différentiel de taux entre les obligations souveraines allemandes et françaises s’est considérablement élargi depuis le début de l’année, et ce sur toutes les maturités.

Le taux à deux ans allemand s’est enfoncé en territoire négatif pour atteindre – 0,79% vendredi dernier, contre – 0,45% pour le français, élargissant le différentiel à 0,34% alors que, historiquement, il se situe en dessous de 0,10%. Cet élargissement est davantage dû à la forte demande pour les Bunds allemands qu’à une chute du prix des obligations françaises. La monnaie unique quant à elle est retournée sur les 1,0750 face au billet vert, aidée par une Réserve fédérale plus prudente qu’attendu.

Dans de telles conditions de marché où le risque politique représente la plus grande menace, les investisseurs préfèrent rester prudents, offrant quelques opportunités intéressantes.

Trois opportunités

Premièrement, il nous semble raisonnable de miser sur un resserrement du différentiel de taux entre l’Allemagne et la France, plus particulièrement sur la portion à court terme de la courbe des taux. En effet, nous pensons que même dans l’éventualité très peu probable où le Front national l’emporterait, Marine Le Pen devrait composer avec une cohabitation due à la faible représentation de son parti au parlement français. Cette cohabitation politique restreindrait considérablement sa liberté d’action, ne lui permettant pas de mener à bien ses promesses de campagne.

Deuxièmement, nous estimons que l’euro a encore du potentiel haussier, plus particulièrement contre le dollar. En effet, la Banque centrale européenne (BCE) a déjà commencé à préparer les esprits à la fin de sa politique expansionniste, certains parlent même d’une hausse des taux avant fin 2018.

Finalement, le risque d’éclatement de l’Union européenne ayant sensiblement diminué, les investisseurs seront plus tentés de diminuer leur exposition au risque en investissant dans les pays «plus stables» de l’UE, tels que l’Allemagne et les Pays-Bas, plutôt que de s’orienter vers d’autres contrées.