Vos finances

Comment bien vivre jusqu’à plus de 100 ans

De plus en plus d’experts prévoient une hausse massive de l’espérance de vie. Le système de prévoyance serait mis à rude épreuve. Quelques pistes pour s’adapter et changer son comportement d’épargne et de formation

Les progrès de la médecine sont tels qu’une espérance de vie de plus de 100 ans devient de plus en plus probable. Avenir Suisse, dans son nouvel ouvrage Et si…? sorti jeudi, prend l’exemple des progrès de la génothérapie et de la biotechnologie, qui améliorent la prévention et le traitement de la multi-morbidité (plusieurs pathologies en même temps). Jérôme Cosandey et Noémi Roten, auteurs de ce chapitre, supposent que l’espérance de vie peut atteindre 110 ans (86 aujourd’hui). Ce boom des super-centenaires modifierait la société, la pyramide des âges, le marché du travail et le système de prévoyance. Il oblige aussi chacun à se préparer à une telle évolution.

«Compte tenu des progrès de la chirurgie cardiaque et de la prévention des cancers, la probabilité d’une espérance de vie supérieure à 100 ans n’est pas surfaite», juge Alexandre Michellod, président du conseil de Lemania – pension hub. «L’espérance de vie a effectivement tendance à augmenter», confirme Roland Bron, directeur de VZ en Suisse romande.

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Une reconversion à 50 ans?

Les gains d’espérance de vie posent des problèmes, notamment financiers. L’héritage tomberait trop tard pour financer l’achat d’une propriété par les descendants et l’épargne serait grignotée pour financer les soins de longue durée et le maintien du train de vie, note Avenir Suisse. Par référence à Jacques Brel, la valse à trois temps (formation, vie active, retraite) passerait à quatre temps (formation, vie active, jeunes retraités et grand âge), ou plus exactement à «des parcours de vie en plusieurs étapes». La vie professionnelle ne serait plus linéaire. A 50 ans, le salarié devrait procéder à une reconversion. Sur le marché du travail, on se dirigerait vers un modèle d’apprentissage tout au long de la vie. L’idée des auteurs serait d’introduire un compte de formation, selon le modèle de Milton Friedman.

Avenir Suisse suppose que la politique serait incapable de modifier l’âge de la retraite. Dans le 2e pilier, le taux de conversion devrait se situer à 3% selon les actuaires. A la suite des blocages politiques, le taux de conversion minimal reste à 6,8%, imagine l’auteur. Les rentes seraient donc deux fois trop hautes par rapport aux calculs des actuaires. En 2017, la rente moyenne du 2e pilier atteint 29 112 francs par an, selon l’Office fédéral de la statistique. Elle risque de baisser.

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Une retraite entre 65 et 77 ans

«Notre système d’assurance sociale serait voué à la faillite», selon Avenir Suisse. La population active serait trop peu nombreuse. La refonte proposée consiste à introduire un âge de la retraite défini sur la base d’un nombre fixe de cotisations, donc «d’un âge de la retraite individuel dépendant de la biographie professionnelle de chacun». Deux tiers des années d’espérance de vie gagnées doivent être dédiées à la vie active et un tiers savouré à la retraite, imagine Avenir Suisse.

Il suffirait, à son goût, de travailler une année de plus à 100% ou deux à 50%. Le départ à la retraite effectif se situerait alors entre 65 et 77 ans.

Sous l’angle individuel, «je recommanderais d’abord de retarder le départ à la retraite, par exemple en travaillant plus longtemps à temps partiel», déclare Jérôme Cosandey, directeur romand d’Avenir Suisse. Aujourd’hui, deux tiers des retraites anticipées se font sur une base volontaire. Un report accroît l’avoir de vieillesse au moment où les cotisations pour le 2e pilier sont le plus élevées. De plus, si possible, il est conseillé pour l’assuré d’effectuer des rachats dans sa caisse de pension, de préférence pour la partie obligatoire (en raison d’un taux de conversion plus élevé que pour le surobligatoire). Enfin, le troisième pilier devrait être renforcé, car moins soumis aux aléas politiques. Selon le sondage d’UBS Monitor présenté jeudi, le pourcentage d’épargnants qui investit dans le pilier 3a est passé de 28 à 43%.

Renforcer le 3e pilier

Pour modifier en conséquence le financement de la prévoyance, trois pistes sont possibles, mais deux ne sont pas vraiment réalistes à mettre en œuvre, selon l’expert de VZ. La hausse des cotisations n’est en effet pas réaliste dans la mesure où les familles paient déjà de lourdes contributions obligatoires, sous forme de primes d’assurances maladie, vieillesse, charges de logement et d’impôts. La baisse des rentes, sous forme d’une baisse du taux de conversion, semble logique si l’espérance de vie augmente. Mais ici aussi l’abaissement provoque un appauvrissement majeur des ménages lors de l’entrée à la retraite.

«La seule piste réaliste est celle du relèvement de l’âge de la retraite», note Roland Bron. «On ne peut pas tricher avec les mathématiques», rappelle-t-il. En vingt ans, l’espérance de vie a augmenté de 5,4 ans pour les hommes (à 81,7 ans) et de 2,9 ans pour les femmes (85,4). Mais l’âge de la retraite n’a pas varié d’un pouce. Si la tendance se poursuit, les jeunes doivent savoir qu’ils travailleront plus longtemps, selon l’expert de VZ. Jusqu’ici, la durée de cotisations est de quarante ans et celle de la retraite de quinze à vingt ans. Cette relation doit persister si l’espérance de vie augmente, selon l’expert de VZ.

La question consistera à savoir si les entreprises acceptent d’engager des seniors de plus de 50 ans. Du côté des employés, il existe un fossé entre le désir de continuer à temps partiel au-delà de 65 ans et la réalité professionnelle, selon Roland Bron.

Choisir la rente plutôt que le capital

L’assuré au 2e pilier sera fortement incité à choisir la rente plutôt que le capital, selon Alexandre Michellod. La rente sera toutefois modeste pour beaucoup de gens, y compris pour les familles. Il faut aussi savoir qu’un couple de retraités vit trois à quatre ans de plus qu’une personne seule. Les problèmes de financement iront croissant. La question d’une rente viagère mérite d’être posée, même si aujourd’hui elle semble peu attractive, selon Alexandre Michellod.

L’augmentation de l’espérance de vie oblige aussi à effectuer un budget des besoins à la retraite, malgré les incertitudes professionnelles, politiques et sur sa santé.

Dans la santé, il faudrait «instaurer un capital-soins individuel obligatoire pour financer les soins de longue durée», selon Avenir Suisse.


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