La Suisse laisse-t-elle partir ses start-up les plus prometteuses? Les laboratoires de recherche de l’EPFL ou l’EPFZ, financés en partie par la Confédération, donnent-ils naissance à des jeunes entreprises qui n’ont pas d’autres choix que de partir pour assurer le développement de leur technologie?

Ces jeunes sociétés, telles Biocartis, G-Therapeutics ou Xeltis, veulent toutes maintenir une partie de leurs activités en Suisse. Pourtant, c’est  aux Pays-Bas, en Belgique, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis qu’elles se développeront. Il ne s’agit pas de les juger. Bien au contraire. Elles ont raison d'agir ainsi. Ces start-up ont cherché des fonds en Suisse pendant plusieurs mois. Mais sans succès. En 2016, une société comme G-Therapeutics, n’a versé aucun salaire à ses neuf employés. Car ce qu'on appelle la «Health Valley lémanique» a beau être un terreau fertile pour l’innovation, et en particulier pour la neuro-ingénierie, cette région ne possède pourtant pas les mécanismes de financement permettant la maturation de l’innovation scientifique en produit médical.

Le développement industriel dans les technologies médicales nécessite une expertise et des compétences complètement différentes. Ce processus est long, coûteux et risqué. Et ces trois qualificatifs semblent effrayer la Suisse et ses caisses de pension qui justifient leur passivité par le manque de sociétés de capital-risque.

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En revanche,  aux Pays-Bas, par exemple, des institutions publiques et privés font confiance aux start-up suisses et sont prêtes à les soutenir financièrement pour assurer le développement de leurs activités. Aux Etats-Unis, les investissements de caisses de pension dans le capital-risque atteignent en moyenne 5% des allocations annuelles. Pendant ce temps, en Suisse, les jeunes pousses n’obtiennent que 0,02% de tous les avoirs des caisses de pension qui s’élèvent à 800 milliards de francs.


Il faut réagir, créer cet écosystème et soutenir ces jeunes sociétés qui créeront les emplois de demain. Et ne pas céder aux propos d'investisseurs américains, à l’exemple de Bruce Gibney qui considèrent la situation helvétique comme optimale et qu’elle n’a pas à recopier la Silicon Valley.

Une des solutions pourrait être celle d’un Fonds suisse pour l’avenir, alimenté par les caisses de pension. Celui-ci permettrait d’attirer des sociétés de capital-risque et des entrepreneurs.

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En attendant que les choses bougent, certaines start-up du monde médical continueront de s’expatrier. Et elles ont bien raison de le faire pour éviter que leur savoir-faire finissent au fond d’un tiroir. Leur technologie, développée ici ou ailleurs, pourrait en effet sauver des vies, donner espoir à des enfants avec des problèmes congénitaux ou améliorer la qualité de vie des personnes handicapées en améliorant leurs capacités motrices.