PRESSE

«Bilan» entre finance et éthique

Le magazine s'associe à la BCV pour lancer un produit structuré.

«Indépendant et honnête.» Dans son code éthique, une référence en Suisse romande, Bilan s'engage fortement auprès de ses lecteurs. En lançant un produit structuré en partenariat avec la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), sa rédaction joue cependant avec le feu.

Mardi, le magazine économique a présenté «Romandino», un panier d'actions romandes que les investisseurs pourront acheter dès le mois de juillet (lire ci-contre). L'idée a germé à la fois dans les têtes de la rédaction et dans celles de la banque. La BCV en a assuré la construction. Parmi les titres sélectionnés figure notamment Edipresse, qui contrôle Bilan (et Le Temps à 44,7%).

«Nous voulons mettre en valeur le terreau fertile d'entreprises romandes, explique Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef adjoint de Bilan. Outre sa conception, le bimensuel en assurera un suivi dans ses colonnes. Il ne perçoit rien sur les sommes investies dans Romandino.

«Comment parler librement des sociétés sélectionnées, et de la BCV, lorsqu'on s'engage dans de telles opérations? Comment surtout donner des mauvaises nouvelles qui pourraient porter préjudice à ce produit?» s'inquiète Christian Campiche. Le porte-parole d'«Info en danger», une association de défense de l'éthique journalistique, estime que la rédaction de Bilan s'est substituée à son service commercial. Il relève enfin que même si le magazine n'est pas financièrement intéressé à l'opération, son éditeur peut en tirer indirectement parti. L'action Edipresse «ne peut que profiter de l'intérêt suscité à son égard».

Impressum regrette pour sa part «une confusion des genres». Mathieu Fleury, secrétaire central de la plus grande association de journalistes suisses, jugera «sur pièces», mais recommande déjà de couvrir ce produit en dehors de l'espace rédactionnel «pur».

Pour Stéphane Benoit-Godet, la situation «ne diffère pas des relations actuelles avec les annonceurs». Ces derniers fournissent, à la presse suisse de manière générale, l'essentiel de ses ressources. Il reconnaît cependant que Bilan court un «risque d'image» si le produit tourne mal. «Nous ne nous empêcherons jamais de publier une information», assure le journaliste.

Ce partenariat entre un organe de presse et un établissement financier semble inédit. En particulier, la démarche active de rédaction «surprend» un spécialiste de la communication financière, qui relève surtout le risque pris par Bilan, qui confond marketing et rédactionnel. Un mélange des genres qui en appelle un autre puisque Lauriane Gilliéron, Miss Suisse, a apporté son «soutien» à Romandino.

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