Le Temps: Vous mentionnez souvent les avantages des accords bilatéraux pour votre entreprise. Combien d'employés de Stadler Rail proviennent de l'Union européenne sur vos trois principaux sites en Suisse?

Peter Spuhler: Environ un tiers nos employés proviennent de l'Union européenne. Cette proportion est toutefois nettement supérieure pour les spécialistes. C'est une des raisons pour lesquelles nous sommes très contents de pouvoir bénéficier des accords bilatéraux. Car dans certains domaines, les spécialistes requis font simplement défaut en Suisse. C'est le cas non seulement pour les ingénieurs mais aussi pour des domaines d'activité tels que la production ou encore le soudage en aluminium. Dans ce dernier secteur, nous avons eu la possibilité de recruter des spécialistes en provenance de l'est de l'Allemagne et de les faire venir travailler ici. Sans ces derniers, nous n'aurions pas pu maintenir certaines de nos activités actuelles en Suisse.

- Etiez-vous présent samedi dernier au congrès de l'UDC à Brigue? Qu'avez-vous pensé des résultats de ce vote (ndlr: renoncement de lancer un référendum contre l'extension de la libre circulation des personnes à la Roumanie et à la Bulgarie)?

- Non, je n'ai malheureusement pas pu y participer du fait que j'étais en déplacement professionnel à l'étranger ce jour-là. Toutefois, même si je n'y étais pas présent, j'ai, au préalable, certainement largement contribué au refus par une majorité des deux tiers des délégués de lancer un référendum contre l'extension de la libre circulation des personnes à la Roumanie et à la Bulgarie.

- Le mérite de cette victoire vous revient donc en partie.

- Je suis surtout très content que l'option du référendum n'ait pas été saisie. Pour le parti lui-même, ce congrès a évidemment été un moment difficile. Je pense qu'il aurait été possible de négocier ce sujet d'une manière plus habile en renonçant dès le départ à l'idée d'un référendum sur ce thème. Mais un problème important est que le parlement ait choisi de lier la poursuite des accords bilatéraux avec les Etats actuels de l'UE à l'extension de ces accords à la Roumanie et à la Bulgarie, ce que nous ne voulions pas de notre côté.

- Craignez-vous que la question de l'extension de la libre circulation des personnes puisse déclencher une deuxième scission au sein de l'UDC?

- Non. L'UDC est un parti populaire et différents points de vue doivent pouvoir y être exprimés. Lors de la précédente extension des accords bilatéraux à dix nouveaux pays membres de l'UE, cette discussion avait déjà eu lieu. L'aile économique de l'UDC avait alors déjà combattu l'idée d'un référendum, à l'encontre d'autres tendances du parti. Ces dernières divergences d'opinion n'ont donc rien de nouveau.

- Si un référendum contre l'extension de la libre circulation des personnes à la Roumanie et à la Bulgarie aboutit tout de même, allez-vous vous engager personnellement pour le combattre?

- Absolument. Je défends toujours l'argument suivant: si la Suisse veut conserver son indépendance politique, le pays a besoin d'une ouverture sur le plan économique. Et le cadre des accords bilatéraux est taillé sur mesure pour les besoins spécifiques de la Suisse, en particulier en matière économique. Pour préserver son indépendance à terme, la Suisse ne peut pas se permettre de commettre des erreurs dans le domaine des accords bilatéraux avec l'UE.