Développement

Bill Gates et Firmenich alliés dans la lutte contre l’insalubrité

Le milliardaire philanthrope finance la conception d’un parfum censé stopper les mauvaises odeurs des toilettes dans plusieurs pays du Tiers-monde. L’initiative pourrait sauver des dizaines de milliers de vies. La fondation Gates a confié cette mission au parfumeur genevois Firmenich

Ce n’est certainement pas la cause la plus glamour mais les toilettes représentent un enjeu majeur de santé publique. D’ailleurs, les Nations unies organisent chaque 19 novembre une journée mondiale consacrée à la question et Bill Gates en a fait l’une des priorités de sa fondation. Une fondation à laquelle il se consacre à temps plein depuis 2006 et dans laquelle il a déjà injecté plus de 28 milliards de dollars.

Près de deux milliards et demi de personnes n’ont pas accès à des toilettes propres. Les conséquences sanitaires sont dramatiques. La contamination de l’eau et de la nourriture provoque des maladies comme la diarrhée ou la pneumonie qui tuent 800 000 enfants par an selon le milliardaire. Et le développement des pays concernés en pâtit. Rien qu’en Inde, l’impact économique est estimé à 55 milliards de dollars par an.

Imaginer de nouvelles alternatives

En 2011, la fondation Bill et Melinda Gate a lancé le «Reinvent the toilet challenge» (réinventer les toilettes). L’idée consiste à trouver des alternatives à la chasse d’eau dans des pays où une majorité est privée d’eau courante. Une université californienne développe par exemple des toilettes fonctionnant grâce à un panneau solaire.

Mais les recherches prennent du temps alors Bill Gates a pensé à une solution intermédiaire. «Je voulais voir si nous pouvions régler le problème des mauvaises odeurs, ce qui aiderait les gens tout de suite», explique-t-il au magazine Fast Company.

Le problème est bien moins anecdotique qu’il n’y paraît. Des efforts sont faits dans les pays en voie de développement pour installer des toilettes et éviter que la population se soulage à l’air libre. Mais ces toilettes se résument souvent à des latrines. L’odeur nauséabonde fait que beaucoup s’en détournent. C’est là que Firmenich intervient.

L’odeur, question centrale

Fondée en 1895, l’entreprise genevoise a plus d’un siècle d’expérience dans le secteur des parfums et des senteurs artificielles. La fondation Gates lui a confié une bourse de 6,3 millions de dollars en 2013. Sa mission: se débarrasser de la puanteur. «Parce que l’odeur était tellement centrale dans la résolution de cette question de santé publique, nous savions que nous avions un rôle à jour», précise Geneviève Berger, responsable de la recherche, dans un communiqué.

Les chercheurs suisses ont donc prélevé des échantillons d’excréments en Inde et en Afrique. Le parfumeur a aussi recréé de fausses latrines dans son laboratoire genevois afin d’ajuster la température et l’humidité et recréer les conditions des pays étudiés. Les chercheurs ont ensuite identifié les molécules responsables des mauvaises odeurs. Ils en ont isolé quatre sur les 200 présentes dans les échantillons.

«Inhiber les récepteurs sensibles aux mauvaises odeurs»

A partir de ces résultats, ils ont conçu un «contre-parfum» sur le principe des casques qui envoient une fréquence neutralisant le bruit des réacteurs dans un avion. «Les ingrédients contenus dans les flagrances développées par Firmenich inhibent l’activation des récepteurs sensibles aux mauvaises odeurs, explique Gates sur son blog Gatesnotes.com. En bloquant ces récepteurs, notre cerveau ne perçoit plus les mauvaises odeurs.»

Le cofondateur de Microsoft s’est rendu en Suisse il y a quelques semaines pour tester l’avancée du produit. «J’ai été invité à mettre mon nez dans un tube et respirer un mélange de parfum d’excrément et l’une des flagrances anti-odeurs, raconte-t-il. Ça sentait plutôt bon. Plutôt qu’une odeur d’égout, de transpiration et de fromage pourri, j’ai respiré une senteur florale agréable.»

Firmenich doit désormais expérimenter le produit en conditions réelles. Il faudra aussi définir sa forme. Un spray pourrait coûter trop cher, or le parfum doit rester financièrement accessible aux populations qui en ont besoin.

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