Investissements

Le Bilur, la première cryptomonnaie adossée à l’énergie qui entend faire de l’ombre au Bitcoin

La start-up londonienne R FinTech vient d’inventer une devise virtuelle gagée notamment sur les réserves d’or noir. Lancé ce mardi à Genève, ce pétrodollar numérique destiné aux investissements rêve de s’imposer prochainement comme moyen de paiement, voire en tant qu’une unité comptable internationale

L’or a joué le rôle de métal de réserve dans le système monétaire international jusqu’à la suspension des accords de Bretton Woods en 1971. La jeune pousse londonienne R FinTech vient de reprendre le concept ce mardi à Genève, où elle a établi ses bureaux helvétiques. En lançant, après deux ans de recherches, «l’étalon-or noir». A savoir: le Bilur, la première devise universelle née de la «blockchain» (chaîne de blocs), avec pour contrepartie des stocks d’énergies, pétrole en tête.

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Le Bilur est le premier outil offrant aux particuliers un dispositif comparable, avec des gains potentiels, sans risque de marché, actuellement de l’ordre de 3 à 4%

A ce stade, cette cryptomonnaie de nouvelle génération est destinée aux investissements. Elle n’est pas encore un moyen d’échange commercial. Son principe: convertir les réserves stratégiques et privées de brut, d’électricité, de gaz, ainsi que leurs dérivés en produits financiers. A l’instar des fonds indiciels cotés (ETF), mais avec des prix correspondant à la transaction du jour, plutôt que des tarifs reflétant des contrats à terme.

«La valeur du pétrole a bondi de 70%, à 55 dollars entre février et décembre dernier. Mais l’US State Oil Fund n’a progressé que 15%, en raison des coûts générés par le roulement de ses positions futures», déplore Ignacio Ozcariz, directeur général de R FinTech. Et ce dernier d’affirmer: «Jusqu’ici, seuls les négociants avaient accès aux contrats d’achat-vente de pétrole à des prix ajournés. Le Bilur est le premier outil offrant aux particuliers un dispositif comparable, avec des gains potentiels, sans risque de marché, actuellement de l’ordre de 3 à 4%.»

Le défi de la fiducie

Qu’en pensent les milieux professionnels concernés? Contactés, la plupart des négociants de la place genevoise se disent intéressés par l’initiative. «Les opérations de titres adossés à des actifs, comme le pétrole, sont lourdes et complexes à réaliser. Elles ne s’adressent en effet pas au grand public, confie l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. Mais les techniques financières actuelles permettent de libeller les prêts de banques en dollars ou en euros. Le Bilur, lui, introduit une nouvelle donne dont on ne maîtrise pas les contours. A moins de chercher à résoudre une défiance naturelle envers les devises traditionnelles.»

D’autres s’interrogent sur certains risques potentiels, d’ordre logistique liés notamment au fait qu’il existe des centaines de qualités de brut différentes dans le monde. «Les stocks de la mer du Nord ne sont pas comparables à ceux du Nigeria, par exemple. Il s’agit de produits physiques plus ou moins lourds ou plus ou moins soufrés, que l’on ne peut pas mélanger», indique un autre professionnel du milieu.

Si les négociants adoptent au Bilur en garantissant sa valeur par la livraison du sous-jacent? «Moyennant, j’imagine encore pas mal d’ajustements, je suis prêt à y croire», commente un autre négociant, qui attend de voir si le concept saura développer le capital confiance suffisant pour son adhésion.

Premier test grandeur nature

A terme, R FinTech espère faire évoluer le Bilur vers le moyen de paiement, pour par exemple régler ses factures d’essence à la pompe. Voire l’instaurer en tant qu’unité comptable, remplaçant ainsi le dollar dans les bilans de sociétés ou de gouvernements détenant des hydrocarbures. Mais cette invention a dans un premier temps pour vocation de concurrencer le Bitcoin, une devise «sans réelle valeur», selon Ignacio Ozcariz, qui promet de créer des emplois à Genève pour faire décoller le Bilur, qu’il qualifie de nouvel écosystème mêlant finance, matières premières et nouvelles technologies.

Pour le lancement du Bilur, R FinTech et ses partenaires ont acquis un million de barils de brut, stockés au Texas par la société US Crude oil and Gas. La mise de départ est de près de 53 millions de francs. L’entreprise en démarrage, qui affirme être en négociations avec la Chine, la Russie et le Moyen-Orient pour ouvrir des antennes sur les cinq continents, promet que davantage de pétrole sera acheté au fur et à mesure de l’évolution de sa monnaie virtuelle.

Nouvelle classe d’actifs

Chaque unité de Bilur, commercialisé depuis début avril, vaut pour l’heure une tonne de pétrole au cours du jour (l’équivalent d’environ 11,6 MWh d’énergie). Soit actuellement environ 354 francs. Sa vente, à partir de quelque 100 francs, est opérée sans frais bancaires. L’entretien de la base de données distribuée et sécurisée pour produire cette devise virtuelle coûte en revanche quelque 3% par an, lesquels constituent le salaire de R FinTech, qui table prochainement sur une entrée à la bourse de Londres, avec une capitalisation de 120 millions d’euros d’ici à mi-juillet.

«Il s’agit clairement d’une nouvelle classe d’actifs alignée pour l’instant au pétrole, mais qui pourra à l’avenir s’adosser à d’autres actifs tangibles, c’est-à-dire réalisables, vérifiables et échangeables en tout temps par les sociétés, les entreprises et les particuliers qui décident de l’adopter», conclut Ousama Al Ali, responsable du développement commercial de la start-up britannique. A en croire ses responsables, R Fintech réfléchit aussi à intégrer à son dispositif, dans les sept prochains mois, la possibilité d’acheter et de vendre les unités d’émissions de gaz à effet de serre liées aux quelque 280 milliards de barils stockés à travers le monde.

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