La chemise à carreaux – «un peu cliché», avoue-t-il en dévoilant un large sourire – il l’a enfilée juste pour la photo. Mais c’est vêtu d’un polo bariolé digne d’un jeune entrepreneur que l’agriculteur vaudois Christian Streit nous a reçus dans son domaine à Aubonne. Le quadragénaire tique sur le terme entrepreneur, «pas assez proche de la terre», même s’il concède en avoir certains attributs – sens de l’initiative, de la prise de risque et de la planification. Il en faut pour cultiver 65 hectares, de céréales, de colza, de tournesol, de maïs, mais aussi de la vigne et élever une dizaine de vaches et autant de brebis, le tout certifié Bio Suisse depuis 2017 – 2015 en comptant les deux ans de reconversion.

A cette surface s’ajoutent celles de ses trois agriculteurs voisins avec qui il collabore pour partager certains frais et travaux, totalisant ensemble 145 hectares, soit l’une des plus grandes surfaces bios du pays, où la moyenne est de 45 hectares. On est loin de l’image d’Epinal, du petit producteur local qui cultiverait quelques salades, le «paysan Birkenstock», comme étaient surnommés dans le milieu avec un brin de moquerie les pionniers de l’agriculture sans pesticides.