Capables de détecter les anticorps développés pour résister au coronavirus, les tests sérologiques suscitent actuellement un vif intérêt. Ils offrent notamment la perspective d’une sortie de semi-confinement mieux contrôlée, grâce au recensement des personnes immunisées.

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Dans le monde entier, des dizaines de sociétés travaillent d’arrache-pied à la mise au point de tests fiables et rapides. En tout cas, deux solutions développées en Suisse romande par des entreprises aux profils très distincts sont sur le point d’être expérimentées en milieu hospitalier.

Un trio sino-valaisan

Le premier test a été mis au point par deux PME valaisannes Augurix et GaDia, associées à un fabricant chinois. Les partenaires ont mis à profit leurs compétences et expériences respectives pour proposer en quelques semaines un dispositif opérationnel: «Il est pratiquement impossible de partir d’une page blanche pour développer un test sérologique spécifique aussi rapidement, précise Frank Harnischberg, directeur général d’Augurix. Nous avons exploité notre savoir-faire dans le dépistage en gastro-entérologie, infectiologie ou encore le sepsis. Autre avantage, nous nous étions déjà intéressés au SARS-COV-1.»

C’est d’ailleurs à cette occasion que sa société a côtoyé le partenaire chinois qui produit les tests, les petites entreprises valaisannes n’ayant pas les capacités de production nécessaires: «Augurix ne pourrait fournir que 5000 tests par mois, alors que le fabricant, notre partenaire, peut en produire 200 000 par jour», indique Frank Harnischberg. Le consortium travaille avec des licences de codéveloppement et de commercialisation.

Une solution «Swiss made»

Toute autre approche de l’autre côté du lac Léman, à Eysins, où Quotient Limited entend bien fabriquer ses propres tests sérologiques, également présentés cette semaine. Contrairement à la solution sino-valaisanne qui repose sur une technologie, l’approche de la société vaudoise, cotée au Nasdaq, se veut différente.

L’innovation se trouve dans une biopuce miniaturisée qui va permettre de réaliser en une trentaine de secondes les tests automatisés sur du sang récolté par un prélèvement veineux. A l’instar d’Augurix et de ses partenaires, Quotident Limited a capitalisé sur ses acquis. «Cela nous a permis de limiter le temps de développement à deux semaines, puis l’adaptation du processus de production à une seule semaine», note Franz Walt, directeur général de l’entreprise.

L’homme a également à son actif une longue expérience dans le domaine du dépistage. Il travaillait pour Roche Diagnostics en Asie lors de l’épidémie de SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 et a continué sa carrière chez Siemens, autre leader de la branche.

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Les deux solutions présentées parallèlement doivent maintenant être validées dans des hôpitaux et des laboratoires. «Notre test a déjà délivré des résultats très prometteurs sur 1000 chinois, indique Franck Harnischberg. Nous allons maintenant poursuivre le processus de validation sur 500 personnes en Suisse.»

L’approvisionnement, ce casse-tête chinois

Le directeur d’Augurix ne se prononce pas encore sur la quantité de tests qui pourraient être écoulés dans le pays. Car si ces derniers sont déjà produits, l’acheminement de la marchandise représente actuellement un défi. La forte demande de matériel médical en provenance de l’Empire du Milieu provoque des goulets d’étranglement et fait exploser les frais de transport. «En une semaine, ceux-ci ont augmenté de 30%», explique Frank Harnischberg, qui espère maintenir le prix fixé, à savoir 28 francs le test.

Même constat à Eysins où la fabrication pourrait démarrer rapidement, mais où l’approvisionnement est problématique: «Nous sommes en mesure de produire 30 millions de tests par année et pourrions encore doubler les volumes, assure Franz Walt. Mais cela est évidemment conditionné à la chaîne de valeur qui est actuellement lourdement entravée.» La société Quotient Limited qui emploie une centaine d’employés sur son site vaudois – 400 dans le monde – vise un test à un prix compris entre 15 et 25 francs, en fonction des volumes.

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A Eysins comme à Monthey, on se démène donc pour faire activer les choses, car le temps presse, les nouveaux produits déferlent. Mais la concurrence ne préoccupe pas trop Franz Walt qui assure que la demande est telle que de nombreux fournisseurs vont pouvoir coexister.