«Les recettes des entreprises de biotechnologie cotées en Bourse ont franchi la barre de 70 milliards de dollars l'an dernier. Celle de 100 milliards le sera sans doute d'ici à 2010, ce qui signifie un triplement en dix ans.» Jürg Zürcher, coauteur du rapport annuel d'Ernst & Young sur ce secteur économique, est enthousiaste. Il faut dire que l'année 2006 a été bonne, tout particulièrement en Europe.

La chute des volumes d'affaires des entreprises actives dans les sciences de la vie, amorcée en 2002 (-20%), a été stoppée en 2005, et 2006 apparaît comme le vrai renversement de tendance. Les chiffres d'affaires des 1621 entreprises européennes concernées ont progressé de 13%, à 13,3 milliards d'euros. Mais le vrai redécollage européen concerne le financement. Devenu critique ces dernières années en menant des dizaines d'entreprises à la faillite, il s'est fortement assoupli l'an dernier. L'apport de fonds a augmenté de 45%, à 4,7 milliards d'euros. Les capitaux privés restent la source principale puisque les entrées en Bourse n'ont progressé que de 13%, à 722 millions d'euros. En comparaison, plus de 20 milliards de dollars ont été récoltés l'an dernier aux Etats-Unis, qui restent le pays leader en biotechnologie avec plus de 1450 entreprises qui se partagent un chiffre d'affaires de 55,45 milliards de dollars (+14%).

«L'Europe a encore cinq ans de retard sur les Etats-Unis, et l'Asie, en forte progression, a cinq ans de retard sur l'Europe», résume Markus Blaser, analyste du secteur auprès d'Ernst & Young. Avec des revenus de 3,3 milliards de dollars et moins de 13000 emplois, contre 130000 aux Etats-Unis et près de 40000 en Europe, la biotechnologie asiatique n'impressionne guère en chiffres absolus. Sa croissance, par contre, dépasse nettement la moyenne européenne, notamment pour les fonds consacrés à la recherche et développement (+28% contre+5,7%).

En Corée du Sud, par exemple, 14 milliards de dollars seront investis en dix ans. Le continent asiatique, avec le quart du volume mondial, se profile aussi comme une région favorable aux essais cliniques des nouveaux médicaments. Amgen, première entreprise de biotechnologie, a récemment décidé d'ouvrir des filiales spécialisées en Inde et à Hong Kong. Un signe de la montée asiatique ne trompe pas: celui de la croissance des applications de brevets de biotechnologie.

Eviter la fuite des cerveaux

La Chine est numéro un (+49%), devant l'Inde (+30,4%) et la Corée du Sud (+22,4%). «Ce transfert des applications et de la technologie vers l'Asie est la tendance d'avenir», estime Jürg Zürcher. En termes de propriété des brevets, les Etats-Unis restent numéro un (part de 43,3%), devant le Japon (14,1%) et l'Allemagne (9,6%). La Suisse figure au 12e rang. «Si elle parvient à éviter l'exode de ses cerveaux, elle a d'excellentes cartes à jouer», rappelle le spécialiste d'Ernst & Young. Avec près de 100 médicaments biotechnologiques en développement, la Suisse figure au deuxième rang européen, derrière la Grande-Bretagne (246). L'optimisme est de mise puisque, sur 400 chefs d'entreprise interrogés dans le monde, 68% pensent lancer de nouveaux médicaments dans les deux ans.