L'industrie de la santé cherche à alimenter son pipeline de nouveaux médicaments, y compris un géant comme Roche, qui se déclare la deuxième société de biotechnologie au monde, derrière Amgen et devant Johnson & Johnson. Pour Bill Burns, chef de la pharma, la réponse à ce défi démarre en 1975, avec les travaux sur les anticorps monoclonaux. Il a fallu plus de vingt années pour les transformer en médicaments efficaces contre le cancer. Ces chiffres incitent donc à la prudence et à la patience, face aux promesses d'une nouvelle génération de protéines et anticorps monoclonaux, déclare Klaus Strein, chef de la recherche pharma, lors d'une rencontre avec la presse.

L'avenir appartient à la biotech, un marché de 37 milliards de dollars, plutôt qu'aux recherches sur les molécules chimiques. Le taux de succès d'une petite molécule chimique, son pourcentage de chances de passer de la première phase de développement à la commercialisation, est de 6%. Il est trois à quatre fois plus élevé pour les protéines thérapeutiques.

La différence s'explique par la plus grande précision des protéines à atteindre leur cible. En effet, les molécules courent le risque de se lier à d'autres structures ou à réagir à d'autres médicaments. Pour les protéines, le risque de la recherche se trouve dans la sélection de la cible appropriée.

Roche est bien placé, lui qui dispose de treize produits biotech sur le marché. Cinq des dix principaux médicaments sont issus de la biotechnologie. Ils représentent déjà 40% des ventes. Selon l'agence statistique IMS, le groupe suisse possède le pipeline de développement biotech le plus solide de l'industrie.

Au sein du portefeuille de recherche de Roche, Klaus Strein compte 22 protéines, contre les maladies inflammatoires, le cancer, les virus, Alzheimer et les troubles vasculaires. L'action d'un anticorps monoclonal peut se lire par exemple dans sa capacité à inhiber les facteurs de croissance de la cellule tumorale et empêcher sa prolifération.

Obtenir un diagnotic précoce

L'espoir des chercheurs s'est porté sur une nouvelle génération d'anticorps, complètement humains, non plus «humanisés» ou chimiques, après l'échec thérapeutique de ces derniers. Les travaux portent en ce moment sur leur toxicité. Une autre piste, dans un avenir plus lointain, viendra d'une combinaison des anticorps monoclonaux avec de petites molécules chimiques.

Pour mener à bien ces projets, le groupe de Franz Humer a créé ce qu'il nomme l'initiative «protéine thérapeutique», qui met à contribution ses quatre centres de recherche à Bâle, Penzberg, Palo Alto et Nutley. «Nous n'en sommes qu'au premier tiers de l'ère des protéines thérapeutiques», déclare Klaus Strein. La prochaine génération comportera des protéines s'adressant à des cibles offrant une meilleure relation entre efficacité et sécurité, des anticorps avec une efficacité supérieure grâce à une fonction immunitaire et à des peptides avec une longue durée d'action.

En même temps, Roche Diagnostics réalise de gros efforts en matière de protéomique, parce qu'il est crucial d'obtenir un diagnostic précoce pour accroître les chances de traitement de la maladie, selon Werner Zolg, de Roche Diagnostics. La maladie est ici définie comme un flux d'informations altérées dans le système biologique. Les protéines constituent le support de ces informations, et celles qui définissent l'état malade ou sain sont appelées biomarqueurs.

La sélection du bon biomarqueur est particulièrement ardue. Il faut en combiner plusieurs à l'aide de modèles mathématiques pour obtenir le résultat désiré. L'exercice est très complexe. Roche attendra l'année prochaine pour décider s'il démarre un développement clinique sur ces nouvelles combinaisons de marqueurs.