Investissement

Les biotechs romandes plongent en bourse

Pour développer leur technologie en restant indépendantes, trois entreprises lémaniques sont récemment entrées au Nasdaq à New York ou à l'Euronext à Paris. Un passage obligé mais délicat

Douze à dix-huit mois après leur introduction en bourse, trois start-up romandes actives dans les biotechnologies sont-elles satisfaites de cette ouverture de leur capital au public? Le titre GeNeuro avait démarré ses premiers jours de cotation, en septembre 2016, à 7 euros pour grimper jusqu’à 12 euros au mois d’août. Il s’est finalement écroulé de 60% aux alentours de 4 euros fin août.

Pour Jésus Martin-Garcia, directeur de la société genevoise GeNeuro, «la mise en bourse est la meilleure manière de développer la société de manière indépendante». La société, qui s’attaque à la sclérose en plaques, a récolté 35,5 millions de francs en avril 2016 sur le marché Euronext à Paris.

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Comment expliquer sa chute en bourse? Les résultats intermédiaires à six mois d’une étude de phase 2b effectuée auprès de 270 patients dans 50 centres cliniques et souffrant de sclérose en plaques récurrente rémittente se sont révélés décevants. Les résultats du GNbAC1 n’ont pas montré de différence statistique significative par rapport au placebo. En d’autres termes, il n’y a pas eu de réduction du nombre de lésions cérébrales mesurées par IRM. «L’étude se poursuit comme prévu. Je ne cache pas ma déception mais je reste confiant. Les résultats complets sur douze mois sont attendus au premier trimestre 2018», rappelle Jésus Martin-Garcia.

Violentes réactions du marché

«Le groupe Servier a réaffirmé son soutien à GeNeuro. Il financera l’intégralité de la phase 2. On ne dépense pas autant d’argent si l’on ne croît pas au produit, estime Delphine Le Louët, analyste chez Société Générale qui reste à l’achat sur le titre. Les réactions du marché peuvent s’avérer très violentes dans le secteur de la biotechnologie. Contrairement aux années 2014 et 2015, très propices aux biotechs, l’année 2017 a été particulièrement chahutée à la suite notamment du Brexit ou des incertitudes aux Etats-Unis dans le secteur de la santé.»

Les titres de biotechnologie restent des valeurs spéculatives et les entreprises de biotechnologie n’ont généralement pas d’autres choix que d’entrer en bourse, à moins de trouver un nouvel acquéreur. C’est le cas de la société vaudoise Symetis, qui prévoyait une introduction en bourse pour développer une nouvelle génération de valve cardiaque. L’opération aurait permis de récolter 59,36 millions de francs.

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Mais au final, les actionnaires de Symetis ont décidé d’accepter l’offre de rachat de 435 millions de dollars du groupe américain Boston Scientific. «Développer un médicament coûte très cher. Très peu de sociétés peuvent faire appel à des fonds privés ou des sociétés de capital-risque pour des montants de cette importance. En Europe, le financement par la bourse est le plus courant car il n’est pas simple de trouver 100 à 500 millions d’euros en cinq à sept ans en fonction des projets», rappelle Delphine Le Louët.

Privilégier les relations avec les investisseurs

L’entreprise genevoise ObsEva, entrée au Nasdaq au mois de janvier 2017 sur la bourse new-yorkaise des valeurs technologiques, est parvenue à lever près de 100 millions de dollars pour développer des molécules destinées à traiter certaines pathologies gynécologiques. Toutefois, le cours de l’action est passé de 11 à 7 euros, chutant de 37%.

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Quant à la société lausannoise AC Immune, entrée au Nasdaq en septembre 2016, elle est parvenue de son côté à lever 70,6 millions de dollars pour poursuivre des programmes cliniques sur la maladie d’Alzheimer et s’intéresser à d’autres maladies neurodégénératives. Après un pic à 15,50 dollars, l’action évolue actuellement aux alentours de 12 dollars. «Entrer en bourse fait partie du processus normal pour beaucoup de start-up. Le moment était bien choisi pour AC Immune et je reste très optimiste car nous avons toujours atteint les objectifs fixés. Par contre, pour être plus visible, nous avons engagé un spécialiste des relations avec les investisseurs aux Etats-Unis», note Andrea Pfeifer, la cofondatrice.

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