Il pleuvait des cordes sur la Cour fédérale de Fort Lauderdale ce 19 juin 2008 quand Bradley Birkenfeld s’était levé pour prendre la parole à la barre. «Mon nom est Bradley Charles Birkenfeld. J’ai 43 ans. Célibataire, jamais marié. J’étais banquier.» Banquier chez UBS. Avec un chalet à Zermatt, un appartement à Genève, cours de Rive, où il se pavanait parfois dans une Ferrari «prêtée par un client».

Martin Liechti, responsable de la clientèle américaine d’UBS, avait embauché ce fonceur, décrit comme «communicatif, positif, et parfois arrogant», en 2001. La banque venait de signer un accord avec l’Internal Revenue Service (IRS) qui l’obligeait à révéler l’identité de ses clients américains titulaires de comptes en Suisse, ou à prélever un impôt à la source. A moins que…

A moins que les comptes ne soient trafiqués et portés au nom de sociétés-écrans au Liechtenstein. C’est à cela, entre autres, que Brad s’est employé pendant près de quatre ans, avec l’aide d’une boutique financière de Vaduz. Il avait convaincu son meilleur client, le milliardaire californien Igor Olenicoff, de recourir à cette astuce.

Une histoire de bonus

Dès 2004, les relations de Brad avec son employeur s’enveniment. Le flambeur ne rapportait plus assez, et son bonus fut revu à la baisse. Un échange de lettres monte jusqu’à l’actuel président de la banque, Peter Kurer. L’affaire se conclut temporairement aux prud’hommes de Genève, où Brad gagne. Le 7 mai 2008, alors qu’il avait quitté la banque, Brad­ley Birkenfeld se faisait passer les menottes en rendant visite à ses parents dans le Massachusetts. Igor Olenicoff s’était fait attraper par le fisc et avait dénoncé son banquier.

Et Bradley Birkenfeld s’est mis à table. Même si l’ampleur exacte de sa collaboration reste inconnue, son aide a visiblement été capitale. Un jour, Brad avertit un de ses amis: «Regarde les journaux, il va se passer un truc dingue.» Le lendemain, Martin Liechti est arrêté à son tour à Miami. Vraisemblablement, l’ancien chef a lui aussi parlé. Le piège a fini de se refermer avec l’inculpation de Raoul Weil, numéro trois du groupe.

Acculée, risquant un retrait de sa licence aux Etats-Unis, ses cadres menacés de poursuites, UBS devra livrer le nom de 250 clients devant le Sénat, à Washington, ce mardi, pour sortir de ce guêpier. Au mépris du droit suisse.