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Johann Gevers, président de Monetas et fondateur de l'association Crypto Valley, à Zoug, sur le toit de son entreprise
© Reuters

Analyse

Bitcoin à 7500 dollars: révolution ou bulle spéculative?

Le cours du bitcoin atteint 7500 dollars. Objet de débats surchauffés, c’est surtout le fruit d’une innovation qui s’impose. Même les banques centrales, à l’image de la Suède, cherchent à émettre leurs propres cryptomonnaies. Finalement, la primauté de l’économie se confirme

Le bitcoin établit un nouveau record ce lundi, à 7530 dollars: est-ce une bulle spéculative ou un mouvement structurel, voire révolutionnaire? Devant une salle comble et conquise, un parterre jeune, un silence religieux: l’ambiance qui règne lors de cette réunion de l’Institut Libéral, à l’Université de Zurich, est exceptionnelle.

«L’impact des cryptomonnaies dépasse celui des monnaies», lance d’un ton de missionnaire Johann Gevers, le fondateur de Monetas et de l’Association Crypto Valley, à Zoug. Pour cet entrepreneur, «c’est une technologie qui a un atout considérable. Elle assure l’intégrité des transactions. Fini la corruption», lance-t-il. Cette sécurité de la technologie n’empêche pas le milieu des cryptomonnaies, et Johann Gevers lui-même, en tant que président de la fondation Tezos, de faire face à des opérations controversées.

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Avec le bitcoin, la confiance n’est plus déléguée à un émetteur étatique ou aux banques commerciales, elle est sans tête, «acéphale» pour reprendre Jacques Favier, l’auteur de l’excellent «Bitcoin; la monnaie acéphale» (CNRS Editions, 2017, 272 pages). Ici, la confiance est garantie par le réseau et la traçabilité des transactions.

La primauté de l’économie

Johann Gevers révèle que l’arrivée des cryptomonnaies est capable de changer la société. «Comme l’arrivée de l’automobile et sa fantastique création de richesse il y a un siècle, explique-t-il. Les politiciens ont réagi plus tard pour réguler les conséquences de cette innovation. Entre la politique et l’économie, c’est toujours l’économie qui finit par s’imposer, explique le patron de Monetas.

Le bitcoin apporte trois atouts majeurs à l’économie: le premier est la sécurité des paiements et des droits de propriété dans un monde où les deux tiers des citoyens n’ont pas de garantie de propriété. Deuxièmement, des coûts de transaction plus bas qu’avant. Or une réduction de 0,1% des frais de transaction est capable de quadrupler la richesse d’un pays, selon Johann Gevers. Enfin, les cryptomonnaies sont construites à partir d’un réseau, ce qui permet une meilleure division du travail, accroît la productivité et finalement le bien-être.

A lire aussi: L’Etat doit rester à l’écart du bitcoin

La combinaison des cryptomonnaies et du smartphone s’apprête à transformer l’économie mondiale, selon le patron de Monetas. Cette nouvelle technologie n’a plus besoin des banques centrales pour apporter la confiance, ni des instituts bancaires. Cette force de désintermédiation n’a pas davantage besoin d’avocats ni d’Etat, révèle-t-il. Son pouvoir est réellement révolutionnaire. D’ailleurs, par nature, la monnaie n’est pas un produit de l’Etat, mais elle est issue d’un processus spontané destiné à faciliter les échanges, ainsi que l’a écrit le libéral autrichien Carl Menger.

La monnaie de banque centrale que l’on connaît souffre de graves défauts. Elle est émise par crédit bancaire et souffre d’une perte continuelle de pouvoir d’achat, observe Thorsten Polleit, chef économiste de Degussa. L’euro a par exemple perdu 27% de sa valeur de pouvoir d’achat depuis sa création et le dollar environ 99% en un siècle. Avec le bitcoin, le pouvoir d’achat n’est pas menacé.

Quand les banques centrales sont séduites par le bitcoin

La sphère privée est-elle menacée par une surveillance orwellienne sous l’effet du bitcoin? Certains le craignent en pointant le doigt sur la traçabilité des transactions. «Un optimum sera trouvé entre le besoin d’anonymat et la dénonciation des fraudes vraiment graves», promet Johann Gevers.

Tandis que la confiance envers les banques centrales s’évapore à vue d’œil, ces dernières essaient de profiter de la technologie de la blockchain pour reprendre la main. Un travail de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), montre que de nombreuses banques centrales développent leurs propres projets de cryptomonnaies.

La Suède semble être la plus avancée à ce sujet avec son idée d’eCouronne, qui serait disponible pour le grand public dès la fin 2019. On parle aussi de fedcoin (Etats-Unis), de cadcoin (Canada), de Dinero Electronico (Equateur). La définition de cette forme électronique de monnaie de banque centrale ne manque pas de porter à confusion si on la compare à la structure décentralisée du bitcoin. Observons simplement que deux formes de cryptomonnaies sont à l’étude dans les milieux des banques centrales, l’une destinée au grand public et l’autre aux professionnels.

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