«Le coronavirus est bon pour le bitcoin», a-t-on pu lire lundi dans une chronique du Financial Times (FT). La cryptomonnaie la plus connue du monde avait fini la journée à près de 9000 dollars, en hausse d’environ 600 dollars en deux jours. Le bitcoin connaissait une poussée de fièvre concomitante à l’extension de l’épidémie du coronavirus en Chine. Les aficionados des cryptomonnaies n’ont pas manqué d’y trouver un lien de causalité et la preuve que le bitcoin progresse lors des moments de tensions internationales car il serait devenu une valeur refuge. Sauf que les faits montrent que ce n’est pas le cas, et le titre du FT était ironique.

«Arrêtez d’utiliser des billets de banque. Ils sont la source de propagation de l’infection au coronavirus. Utilisez des monnaies électroniques.» A l’image de ce tweet, la vague de rumeurs qui a entouré la propagation du virus 2019-nCoV ces dernières semaines a aussi été alimentée par des activistes des cryptomonnaies. Avec l’intention de transmettre le message que le bitcoin en particulier allait continuer de progresser, les investisseurs étant à la recherche de valeurs refuges en cette période d’incertitude. Du 15 au 27 janvier, le franc s’était apprécié d’environ 1 centime face à l’euro, avant de retrouver son niveau d’environ 1,072-1,073.

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Certains ont même fait le lien avec l’or – traditionnellement considéré comme une valeur refuge, dont le prix a également nettement progressé en 2019 et depuis le début de 2020. L’once a valu en moyenne 1477 dollars au cours du deuxième trimestre 2019, en progression de 13% par rapport à la première moitié de l’année et de 21% sur un an, selon le Refinitiv GFMS Gold Survey, publié ce jeudi. Le bitcoin a lui aussi progressé depuis la mi-décembre, mais cela ne signifie pas qu’il est corrélé avec l’or, et encore moins qu’il soit une valeur refuge.

Pas de corrélation avec l’or

Depuis 2015, la corrélation entre l’or et le bitcoin a été parfois positive (ce qui signifie que les deux actifs montent ou baissent en même temps) et parfois négative (ils évoluent dans des directions opposées), montre une étude publiée en octobre 2019 par Coindesk, un site d’information spécialisé dans les devises numériques. En moyenne, la corrélation est légèrement négative mais elle a légèrement perdu en intensité avec le temps. Enfin, le bitcoin n’affiche pas non plus une corrélation négative avec les actions et n’a pas systématiquement progressé lorsque les marchés reculaient ou quand le niveau d’incertitude progressait.

Si le bitcoin n’est pas une valeur refuge, c’est peut-être car on n’a pas pu observer son comportement lors d’une crise majeure (il a été inventé en réaction à la crise financière de 2008). la cryptomonnaie pourrait être en passe de devenir une valeur refuge, conclut l’étude de Coindesk, sans se montrer affirmative. Ou alors une «réserve de valeur spéculative», comme l’a formulé Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine le 11 juillet 2019, histoire d’ajouter un peu de confusion dans le débat.

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