La chronique des changes

Le bitcoin est-il bientôt prêt à concurrencer PayPal et Visa?

Nous sommes encore à l’aube de l’ère des cryptomonnaies et ce n’est qu’une question de temps avant que des solutions permettent leur adoption généralisée

En dépit d’une appréciation massive du prix du bitcoin, beaucoup d’observateurs continuent d’exprimer leur scepticisme quant à son avenir, notamment en tant que moyen de paiement rapide et abordable. Les facteurs mis en avant sont toujours les mêmes: une trop forte volatilité du prix du bitcoin, qui rend difficile son utilisation dans les commerces, des frais de transaction importants, ainsi qu’un fort taux de latence au niveau du temps de confirmation des transactions. Et c’est surtout sur ce dernier point qu’insistent les détracteurs du bitcoin. En faisant l’hypothèse que le réseau n’est pas congestionné – ce qui est loin d’être le cas depuis quelques mois – il faut attendre au minimum trente minutes pour qu’une transaction soit confirmée, et cela en dépit du fait que la réception d’un paiement se fait de manière presque instantanée.

3,3 transactions par seconde

En effet, en moyenne un bloc peut contenir environ 2000 transactions. Initialement, à raison d’un bloc toutes les dix minutes, le réseau bitcoin est capable de traiter en moyenne 3,3 transactions par seconde. A la suite de l’implémentation du SegWit l’été dernier – abréviation de Segregated Witness en anglais; pour résumer brièvement, cela correspond à une mise à jour du protocole bitcoin ayant pour but d’améliorer sa «scalabilité» (c'est-à-dire sa capacité à s’adapter à un changement d’ordre de grandeur de la demande) – le nombre de transactions a pu être augmenté à environ sept par seconde.

Malheureusement, seule une petite minorité de transactions a profité de cette amélioration jusqu’à présent. Dans les faits, ce taux a péniblement augmenté pour atteindre en moyenne quatre transactions par seconde.


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Le bitcoin pour les nuls


Le nombre d'opérations explose

Finalement, le fort engouement pour le bitcoin des derniers mois a eu pour effet d’augmenter de manière considérable le nombre de transactions, et par conséquent les frais de transaction. Cette augmentation des frais est due à plusieurs facteurs, l’un d’entre eux étant la congestion du réseau. Les utilisateurs désireux de transférer leur bitcoin le plus rapidement possible n’hésitent pas à mettre la main au porte-monnaie afin d’inciter les mineurs à inclure leurs transactions en priorité. Une manière d’être traité en premier dans la file d’attente. S’ajoute à cela l’augmentation de la taille de la blockchain elle-même.

Etant donné la configuration actuelle du protocole bitcoin, il est difficile d’imaginer comment la cryptomonnaie pourrait un jour concurrencer des méthodes de paiement telles que Visa ou simplement un transfert bancaire. Au vu des informations exposées ci-dessus, il semble impossible de pouvoir concurrencer ces solutions centralisées. Le réseau Visa traite en moyenne 7000 transactions par seconde et pourrait potentiellement en supporter jusqu’à 45 000.

Innovations en vue

Cependant, des innovations majeures sont attendues. Certaines d’entre elles viennent d’ailleurs de voir le jour. C’est le cas du projet Rootstock (RSK), qui va permettre au réseau bitcoin de passer à la vitesse supérieure en améliorant sa «scalabilité», mais également en concurrençant la blockchain ethereum (ETH) en proposant des contrats intelligents (smart contracts).

Le lancement de la version bêta a eu lieu le 4 décembre dernier. Sans entrer dans les détails techniques, l’une des principales innovations proposées par l’équipe de Rootstock est l’introduction de ces contrats intelligents via une blockchain parallèle (side-chain). En effet, le protocole bitcoin ne permettant pas l’exécution de ce type de contrats, l’utilisation d’une chaîne parallèle était donc nécessaire. Les innovations proposées par l’équipe de Rootstock permettront notamment d’augmenter considérablement le nombre de transactions par seconde.

A l'aube de l'ère des cryptomonnaies

La plateforme RSK revendique 300 transactions par seconde dans un premier temps et une augmentation potentielle jusqu’à 2000 pour des transactions sur la blockchain (on-chain) et jusqu’à 20000 pour des transactions hors chaîne (off-chain), ce qui leur permettrait de rivaliser avec PayPal dans un premier temps tout en supprimant l’utilisation d’une contrepartie centrale, pour ensuite s’attaquer à un plus gros morceau: les réseaux de cartes de crédit. A noter que l’équipe RSK n’est pas la seule à s’atteler à ce problème. Le projet appelé Lightning Network vise aussi à augmenter la rapidité de traitement du réseau bitcoin.

Bien que cet article couvre un sujet très technique, j’ai volontairement simplifié au maximum les explications liées au fonctionnement de ces innovations, qui sont pourtant essentielles. S’il n’y avait qu’un seul élément à retenir: nous sommes encore à l’aube de l’ère des cryptomonnaies, et ce n’est qu’une question de temps avant que des solutions ne permettent une adoption généralisée. Les personnes qui remettent en doute le potentiel des crypto-actifs sont les mêmes qui sous-estimaient le potentiel d’Internet il y a vingt ans, lorsque la connexion au Web se faisait via un modem 56k. Après tout, il est commun de regarder des films HD en streaming de nos jours!

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