Quelques faits tout d’abord, tirés de l’actualité récente. Il y a une dizaine de jours, le gouvernement chinois a annoncé vouloir interdire aux institutions financières de fournir des services liés aux transactions en cryptomonnaies. Un communiqué officiel a précisé que l’activité spéculative dans les cryptos portait «gravement atteinte à la sécurité des biens des particuliers et perturbait l’ordre économique et financier normal». Par ailleurs, le gouvernement indien envisage, de son côté, de créer un groupe chargé d’étudier les moyens de réglementer les cryptos.

Ces nouvelles devraient remettre en question l’opinion, très populaire parmi les amateurs de cryptos, selon laquelle les monnaies virtuelles et autres applications financières décentralisées peuvent fonctionner complètement à l’abri de l’influence des gouvernements.

Le pouvoir politique a différents moyens d’empiéter sur le marché des cryptos, en particulier via la réglementation bancaire et le système fiscal. En effet, de plus en plus, les cryptomonnaies sont soumises à des gains en capital et à d’autres taxes dans la plupart des pays.

Une chute vertigineuse

Après avoir atteint un niveau record de 64 000 dollars à la mi-avril, le bitcoin a chuté d’environ 35%. Le sentiment autour des cryptos a été sapé à la fois par les restrictions réglementaires annoncées par la Chine, mais aussi par le retournement de veste de Tesla qui n’accepte plus le bitcoin comme moyen de paiement.

Il n’est bien évidemment pas possible d’exclure une hausse future des cours des cryptomonnaies. En revanche, on doit souligner qu’il s’agit d’un marché spéculatif et qu’on ne connaît aujourd’hui plus de cas importants, dans le monde réel, d’utilisation de ces moyens de paiement. Sur cette base, six constats s’imposent:

1 Les cryptomonnaies ne sont pas des devises: Les fonctions de base d’une monnaie sont de stocker de la valeur et de servir de moyen d’échange. La forte volatilité des cryptos en fait une réserve de valeur peu fiable. L’absence de barrières à l’entrée limite également le potentiel à long terme des cryptomonnaies (plus de 4000 actuellement répertoriées) en tant que réserves de valeur. Seule une poignée d’entreprises les acceptent comme moyen de paiement.

2 Les avantages pour le portefeuille de détenir des cryptos sont limités: Le meilleur argument en faveur des cryptomonnaies est celui de la diversification, vu leur faible corrélation avec les actifs conventionnels. Cependant, la corrélation avec les actifs à risque a augmenté et les rendements ne compensent pas forcément le risque pris.

3 Le bitcoin, la plus grande crypto, représente un retour en arrière environnemental: Vu la puissance de calcul requise, l’extraction des cryptomonnaies contribue aux émissions de carbone sans améliorer le niveau de vie. Selon l’Université de Cambridge, le bitcoin consomme autant d’énergie que toute la Suisse et son impact environnemental ne cesse de croître.

4 La folle progression du prix du bitcoin a réveillé les instincts bestiaux: Au cours des douze derniers mois, le bitcoin a gagné plus de 300%, atteignant un niveau record à la mi-avril, suivi d’une baisse d’environ 35% depuis. Le fait que les cryptos les plus connues ont maintenant survécu à plusieurs cycles d’expansion et de récession témoigne néanmoins d’une certaine durabilité de leur part.

Par ailleurs, des articles de médias suggèrent que des investisseurs institutionnels y sont entrés à la marge avec des contrats à terme («futures») ou des fonds dédiés, tout en introduisant des processus plus matures de connaissance du client (KYC).

5 Les mêmes facteurs d’appréciation des cryptos intensifient aussi leur volatilité et leurs risques: L’offre limitée et très peu élastique du bitcoin exacerbe sa volatilité. Son utilisation très restreinte dans le monde réel et l’extraordinaire volatilité des prix indiquent également que de nombreux acheteurs recherchent avant tout des gains spéculatifs.

6 Les investisseurs devraient plutôt rechercher des actifs moins volatils ou des modèles de valorisation plus clairs: Sans rendement généré, les modèles de valorisation des cryptomonnaies reposent sur des cas d’utilisation futurs théoriques, qui ne peuvent être certifiés. Dans un tel contexte, les investisseurs auraient intérêt à rester disciplinés et à faire preuve d’une extrême prudence en ce qui concerne la spéculation sur les cryptos.

D’autant qu’il y a d’autres voies pour, le cas échéant, en profiter: certaines actions de semi-conducteurs peuvent en effet offrir une exposition intéressante à la hausse aux cryptos, tandis que les fintechs et autres actifs thématiques peuvent offrir une exposition aux paiements et à la blockchain.

En résumé, dès lors que la pandémie va favoriser la poursuite de la répression financière, la spéculation sur les cryptomonnaies présente des risques particuliers pour le patrimoine de ceux qui entendent y investir. La perspective de gains importants peut certes tenter les investisseurs, voire les appâter. Mais de tels placements spéculatifs sur les cryptos relèvent au final plus d’un pari que d’un investissement.