Planète finance

Le bitcoin et l’eau du cryptobain

Les exemples d’excès se multiplient dans les cryptomonnaies. A tel point qu’on risque d’oublier leur véritable apport

Une hausse de 5900% en 36 mois, cela vous évoque quoi? Le bitcoin? Raté. On parle des oignons de tulipes dont le prix avait flambé entre 1634 et 1637, lors de la tragicomique tulipomanie hollandaise.

Première bulle recensée dans l’histoire, l’épisode est moins extraordinaire qu’il ne le paraît. L’histoire des bulles financières est parsemée de justifications de valorisations insensées qui le semblent d’autant plus une fois qu’elles ont éclaté. Franchement, qui résiste à l’envie de rire à l’expression de «haut plateau permanent» que les marchés américains auraient atteint en 1929, prononcée une semaine avant le krach?

Lire aussi: L’article original de 1929 dans le New York Times

Et aujourd’hui? On pourrait évoquer ici des marchés actions qui ont commencé l’année sur les chapeaux de roue et dont les niveaux deviennent difficiles à justifier. Pourtant, la palme des énormités revient évidemment aux cryptomonnaies (vous aviez vraiment cru qu’on n’allait pas en parler?).

A partir de quel moment passe-t-on de l’engouement à l’euphorie, puis de l’euphorie au délire? Quand Nabilla se met à recommander d’acheter du bitcoin les «yeux fermés»? Ou quand la starlette se fait rappeler à l’ordre par l’autorité des marchés financiers en France? Quand vos collègues habituellement allergiques à la finance vous demandent des conseils sur les cryptomonnaies les plus prometteuses?

Cryptomonnaie canine

Pas encore? Alors peut-être quand une entreprise, AIQ, doit demander à la bourse de Londres de suspendre sa cotation parce que son action est montée jusqu’au ciel (+1500% en trois jours). Pas parce qu’elle fait pousser des tulipes, non. Parce que des utilisateurs de Twitter se sont dit qu’elle pourrait s’aventurer dans les cryptomonnaies. Ou pas, la société en question ne l’ayant pas évoqué.

On continue? Dogecoin, une monnaie à l’effigie d’un petit chien et destinée à une communauté canine, a atteint 2 milliards de dollars de capitalisation début janvier. Cette cryptomonnaie parodique, rappelle Le Figaro, avait été lancée par deux fondateurs agacés – en 2013 déjà – par le phénomène bitcoin & cie. Vous imaginez si ça avait été des chats?

Il y a quelque chose d’un peu désolant dans ce phénomène. Car au milieu de cette flambée délirante se trouvent de vraies innovations qui risquent de se noyer dans le cryptobain.

Vous me rétorquerez peut-être que les tulipes ont survécu aux excès du XVIIe siècle. Qu’Internet s’est considérablement développé depuis l’éclatement de sa bulle. Mais est-il vraiment nécessaire de toujours passer par les montagnes russes?

Dossier
De la blockchain aux monnaies virtuelles

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