Le bitcoin s’envole. Il franchit la barre des 1000 dollars alors qu’il se traitait à peine au-dessus de 400 dollars en janvier 2016. La hausse s’est accélérée depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. La valeur de cette cryptomonnaie s’est ainsi accrue de plus de 60% en trois mois.

Le mouvement pourrait se poursuivre. «Le bitcoin grimpera à 2100 dollars en 2017 parce que la Russie et la Chine l’accepteront comme alternative au dollar américain, prévoit Steen Jakobsen, chef économiste de Saxo Bank, dans l’une de ses célèbres «scandaleuses» prévisions. La monnaie virtuelle avait atteint le niveau record de 1163 dollars à la fin 2013, lors d’une envolée aux airs de bulle, encore plus spectaculaire que celle d’aujourd’hui. Avant de s’effondrer à 230 dollars l’année suivante. «La hausse actuelle est plus régulière et stable qu’à la fin 2013», observe Alexis Roussel, cofondateur de Bity.com, un négociant romand en bitcoins.

La monnaie la plus forte en 2016

Les raisons de la hausse sont nombreuses. «La taille de la base d’utilisateurs augmente et conduit à une hausse du cours», affirme Alexis Roussel. Le profil des acheteurs s’élargit. Il n’est plus limité aux experts du monde numérique. Les utilisateurs sont convaincus par les vertus de vitesse des transferts et par la sécurité de cette monnaie basée sur la blockchain, c’est-à-dire sur un stockage décentralisé des transactions. Face à cette demande croissante, le stock de bitcoin est relativement stable, ce qui explique la hausse de sa valeur. «C’était la monnaie la plus forte en 2016, comme les années précédentes d’ailleurs, à la seule exception de 2014», analyse ce professionnel des cryptomonnaies.

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En ce début 2017, la demande chinoise est présentée comme le principal catalyseur de la hausse. «98% du volume des 24 dernières heures est d’origine chinoise», selon CryptoCompare. Les utilisateurs chinois cherchent à se protéger contre une baisse de la monnaie locale vis-à-vis du billet vert, selon le site Marketwatch.

Le renminbi a perdu 7% contre le dollar l’an dernier et de nombreux économistes prévoient une sensible hausse du dollar en 2017 sous l’effet de la hausse des taux américains.

«Le marché chinois est très important pour le bitcoin dans la mesure où les «mineurs» sont chinois et l’utilisation est forte dans l’Empire du milieu, puisque la monnaie virtuelle est souvent employée dans les jeux en ligne», ajoute Jacques Favier, auteur du blog La voix du bitcoin. Le minage est le procédé par lequel les transactions en bitcoins sont sécurisées.

Craintes chinoises

Les utilisateurs chinois craignent un changement de réglementation. En vertu de la loi actuelle, il leur est permis de changer jusqu’à l’équivalent de 50 000 dollars par an. Pour lutter contre les sorties de capitaux, le gouvernement pourrait se révéler encore plus restrictif.

«La guerre contre le cash et l’abondance des contrôles de capitaux rendent le bitcoin plus attractif», selon Paul Gordon, membre du comité de la Digital Currency Association au Royaume-Uni, cité par Reuters. La monnaie virtuelle a en effet l’avantage d’offrir des transactions sur une base anonyme. Elle constitue également, par exemple au Mexique, un instrument d’échange pour les personnes n’ayant pas accès à un compte bancaire ou à une carte de crédit, selon bitcoin.com. Le peso mexicain a chuté à l’élection de Donald Trump. La détention de bitcoins permet de se protéger de ce risque de dépréciation.

La voie de la Finma

En Suisse, la Finma ne bloque pas le développement de la monnaie virtuelle. «Elle a bien réagi en considérant le bitcoin comme une monnaie étrangère et en mettant en place les règles nécessaires, concernant par exemple la lutte contre le blanchiment d’argent», selon Alexis Roussel.

C’est encore un marché de taille modeste, puisque sa valeur totale ne dépasse pas 16 milliards de dollars, c’est-à-dire la moitié de la valeur de Credit Suisse.

Même le monde bancaire découvre ce nouveau créneau. Alexis Roussel, par ailleurs ancien président du parti pirate, constate que «le monde de la finance effectue «un virage mental». Différents groupes financiers ont développé leurs projets de blockchain, mais soit ils les ont abandonnés, soit ils ont adopté le bitcoin. «Ils se sont aperçus que c’était le seul système qui fonctionnait réellement aujourd’hui». Certaines banques proposent maintenant des produits titrisés sur le bitcoin.

Tout le monde n’est pas convaincu des mérites de la cryptomonnaie. Olivier Rigot, associé-gérant de EMC Gestion de fortune SA, à Genève, estime la monnaie virtuelle «incompréhensible. Pour moi, une monnaie est le reflet d’une économie et sa valeur est relative à d’autres économies».

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