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Le bitcoin, une réalité déjà intégrée

Pour la place financière suisse, il s’agit de ne pas répéter les erreurs de l’industrie horlogère face au quartz et de prendre en compte les évolutions technologiques, écrit Alexis Roussel. D’autant plus à l’heure où des géants comme Dell choisissent d’accepter les bitcoins

Le bitcoin, une réalité déjà intégrée

Pour la place financière suisse, il s’agit de ne pas répéter les erreurs de l’industrie horlogère face au quartz et de prendre en compte les évolutions technologiques. D’autant plus à l’heure où des géants comme Dell choisissent d’accepter les bitcoins

Directeur de DigiCapital Holding SA

Fermer les yeux sur le bitcoin n’est pas une option. La place financière helvétique ne doit pas faire la même erreur que l’industrie horlogère lorsqu’elle refusa d’utiliser le quartz. Nous sommes face à une évolution technologique, celle du réseau bitcoin. Un réseau distribué, un livre de comptes partagé et synchronisé entre tous, une transparence totale, la garantie qu’un double paiement ne puisse se faire, le réseau bitcoin est le premier réseau d’échange qui est né du monde numérique et fonctionne avec des règles qui en sont issues. L’économie numérique a enfin trouvé son mécanisme d’échange.

En juillet, un des plus gros vendeurs d’informatique du monde, Dell, a annoncé par la voix de son directeur, qu’il acceptait les paiements en bitcoins. L’intégration de la technologie n’a pris que quinze jours. Mais le fait le plus marquant est que pour la première fois un établissement ayant un chiffre d’affaires supérieur à la capitalisation du bitcoin passe à l’offensive. En février, c’était le groupe ­Monoprix qui déclarait être prêt au passage au bitcoin pour l’année 2015.

Accepter le bitcoin comme moyen de paiement sur son site internet peut paraître courageux, mais la palme de l’audace est aujourd’hui décernée à la banque allemande Fidor ou à la Deutsche Börse, la bourse de Francfort. Toutes deux ont choisi un système de type bitcoin afin de remplacer leurs outils de comptabilisation des échanges entre leurs clients ou succursales. Avant d’accepter les bitcoins, elles ont décidé de dompter la technologie.

Le bitcoin est avant tout un système de transfert de valeur entièrement distribuée. Il permet à n’importe quel individu connecté à Internet de transférer une valeur à n’importe quel autre individu sur la planète sans passer par un tiers. La validité de la transaction est garantie par l’ensemble du réseau. Avec un tel système, notre relation à nos valeurs va se modifier. On ne déposera plus nos valeurs dans un compte auprès d’une banque, nous les connecterons à une banque qui y apportera des services complémentaires. L’individu conservera le contrôle sur ses valeurs. Et à tout moment, il pourra changer de fournisseur de services financiers et choisir de gérer lui-même ses avoirs.

Cette technologie est souvent décrite comme une infrastructure bancaire à part entière. Lorsque la technologie du Web est apparue, l’industrie des médias s’en est trouvée bouleversée, car l’infrastructure même de la communication est devenue accessible à tous. Avec l’apparition du bitcoin, le parallèle est frappant. Les services financiers 3.0 seront des services qui viendront augmenter la fonction primaire du bitcoin qui constituera les tuyaux de la finance. Maintenant que le Conseil fédéral a tranché et que le bitcoin est défini comme un moyen de paiement, il n’y a aucune raison de ne pas innover dans ce domaine. Tout est à construire.

Le bitcoin, c’est l’avènement d’un système capable de réaliser des micropaiements. Une transaction valant plusieurs millions de francs s’exécute de manière identique à celle valant quelques centimes. L’innovation qui en jaillit est impressionnante. BitPesa permet d’envoyer des bitcoins et de les transformer en Mpesa, du crédit téléphone utilisé dans une partie de l’Afrique. 37Coins permet à toute personne disposant d’un simple téléphone d’utiliser le bitcoin par SMS. Sachant que le taux de bancarisation à travers le monde est inférieur à celui de l’équipement en téléphonie mobile, il est aisé d’imaginer le potentiel de telles solutions. Si notre économie s’est développée sans un tel outil, quel sera l’impact de son intégration et utilisation massive?

Finalement, avec le bitcoin, on ne fait que s’échanger un jeton numérique. Mais on peut y attacher bien d’autres références. Le bitcoin est aujourd’hui la porte d’entrée d’un monde bien plus vaste, celui des smarts contrats, des agents autonomes, des organisations entièrement virtuelles, de tout ce qui constituera notre économie numérique de demain. Son intégration dans notre économie a commencé.

Pour la première fois un établissement ayant un chiffre d’affaires supérieur à la capitalisation du bitcoin passe à l’offensive

Maintenant que Berne a tranché et que le bitcoin est défini comme un moyen de paiement, il n’y a aucune raison de ne pas innover dans ce domaine

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