Lancé en janvier 2009 en défiance aux errements du système financier, le bitcoin est rapidement devenu la coqueluche des médias et des spéculateurs. Pourtant, cette crypto-monnaie ne possède pas les qualités essentielles qui pourraient en faire une monnaie à part entière ou un investissement sérieux. En revanche, la technologie qui la sous-tend, la blockchain, présente un intérêt indéniable pour la sécurisation et l’accélération des transactions.

Un idéal libertaire

Le bitcoin est à la fois une monnaie cryptographique et un système de paiement peer-to-peer. Il fonctionne de façon totalement décentralisée et donc sans contrôle d’une autorité unique. Pour ses créateurs et partisans, le bitcoin présente l’avantage d’être indépendant du système financier et de ne pas être soumis au contrôle d’autorités monétaires. Ses utilisateurs peuvent ainsi s’affranchir du diktat des contraintes et des frais bancaires pour effectuer presque gratuitement et de façon quasi instantanée des paiements partout dans le monde et à n’importe quel moment.

Un développement spectaculaire motivé par l’appât du gain

Nourri en grande partie par la curiosité des médias attirés par son aspect disruptif et anti-système, le bitcoin a vu son cours connaître une progression phénoménale bien que très volatile. Alors qu’en octobre 2009 un bitcoin ne valait que USD 0,001, il atteint la parité avec le billet vert dès février 2011 puis touche USD 31 en juin, pour retomber sous les USD 4 en décembre de la même année. Aujourd’hui, il vaut plus de 4600 dollars et la valeur cumulée de tous les bitcoins émis et des autres crypto-monnaies en circulation dépasse les USD 200 milliards. Naturellement, cette hausse exceptionnelle a déclenché un vif intérêt auprès des spéculateurs de tout poil. Et pour répondre à cette demande, plusieurs plateformes d’échange se sont créées et de nombreuses banques ou sites de trading proposent désormais d’investir en bitcoins.

Une monnaie stérile qui ne repose sur rien

Cet engouement généralisé pose la question de savoir si le bitcoin et ses nombreux suiveurs opportunistes peuvent être considérés comme un investissement valable ou s’ils ne constituent qu’une bulle prête à éclater. De fait, malgré leur succès, il apparaît que les crypto-monnaies ne remplissent pas plusieurs critères essentiels qui en feraient des monnaies à part entière. Leur principal défaut est surtout qu’elles ne reposent sur aucun actif réel et que leur taux de change ne représente pas la valeur d’une économie ou une parité de pouvoir d’achat.

Car, même si une monnaie moderne n’est plus convertible en or ou en argent comme c’était le cas dans le passé, on peut en quelque sorte l’assimiler à une part du PIB, qui possède donc une véritable valeur économique. Une autre faiblesse majeure est que la quantité de bitcoins ne peut pas s’adapter à la production de richesse et à la croissance. Au contraire: le montant maximal de bitcoins est fixé d’avance à 21 millions d’unités, ce qui revient à imaginer que l’économie stagnera. Ne versant aucun intérêt, limitée dans sa croissance, sans autorité centrale qui pourrait faire évoluer son algorithme en cas de besoin, on est donc en droit de se demander quelle peut bien être l’utilité d’une crypto-monnaie. Sans lien avec l’économie réelle, son cours n’est déterminé que par les caprices de la demande, à la merci d’un changement de mode ou d’une faille informatique. On peut en cela comparer l’engouement actuel pour le bitcoin à la tulipomanie qui s’est emparée des Hollandais au XVIIe siècle.

De graves problèmes de sécurité et de stabilité

Des adeptes de la théorie du complot ont créé ces crypto-monnaies pour échapper à la mainmise supposée de l’Etat et du système financier international. Mais leur création est en réalité bien pire que ce qu’ils prétendaient remplacer. De fait, leur absence de contrôle, de régulation et de gouvernance les rend bien plus risquées pour la majorité des investisseurs. En effet, une monnaie «normale» est émise et contrôlée par une banque centrale indépendante qui a une mission claire et qui doit rendre des comptes. Elle présente donc de bien meilleures garanties, d’autant plus que ses détenteurs sont protégés par un système juridique solidement établi, qui assure qu’elle soit acceptée comme moyen de paiement légal et qui protège leurs droits.

Plus fondamentalement, le bitcoin pèche surtout par ce qui fait l’attrait principal d’une monnaie pour la plupart des gens: la sécurité et la stabilité. Les énormes oscillations de son cours, si elles excitent les papilles des traders, le disqualifient donc d’emblée. Et si son algorithme de création complexe et son système de chaînage des blocs de transaction apportent une certaine sécurité informatique, il n’en reste pas moins que les crypto-monnaies sont vulnérables à des risques majeurs comme le hacking, le vol d’identité ou les escroqueries.

Risque

Sans oublier que, s’il perd sa clé privée de cryptage, un utilisateur ne pourra plus récupérer ses bitcoins. Un risque bien réel puisque, en 2013, un informaticien gallois a perdu 7500 bitcoins, soit l’équivalent de 35 millions de dollars au cours actuel, en jetant accidentellement le disque dur qui contenait sa clé privée. Le même problème existe en cas de décès, si le propriétaire meurt sans transmettre sa clé privée.

De plus, les plateformes d’échange sont elles-mêmes vulnérables. Ainsi, en février 2014, Mt. Gox, une plateforme d’échange de bitcoins basée à Tokyo qui était la plus importante à l’époque, a dû fermer ses portes suite à un piratage informatique. Plus récemment, Bitfinex, la plus grande plateforme actuelle de trading et de stockage de bitcoins, a également été piratée en 2016 et 72 millions de dollars volés à ses clients.

Une technologie toutefois prometteuse

Ces limites importantes ne signifient toutefois pas qu’il faille jeter le bébé avec l’eau du bain. La technologie sous-jacente au bitcoin, la blockchain (ou chaîne de blocs), semble bien plus prometteuse, en permettant le développement de systèmes de transaction sûrs et bon marché. Au niveau financier, de nombreux instituts sont en train de plancher sur son utilisation pour sécuriser des transferts ou des transactions. Entre les entreprises et les particuliers, cette technologie pourrait être mise à profit pour valider des contrats et garantir leur inviolabilité et la traçabilité des changements. Enfin, des administrations publiques s’y intéressent également pour créer leur cadastre ou leur Registre du commerce, comme c’est d’ailleurs le cas à Genève.