Comment naît une idée d’entreprise? Si le processus entrepreneurial devait se résumer en une phrase, il pourrait s’agir sans conteste de l’expression française «on n’est jamais si bien servi que par soi-même». En d’autres termes, l’entrepreneur est souvent celui qui cherche à résoudre un problème récurrent, pour lui-même ou ses proches.

Des trains bondés, des voitures vides

Ainsi, c’est en observant des trains bondés et des voitures vides que Frédéric Mazzella a eu l’idée de créer BlaBlaCar. Dans Ces entrepreneurs made in France (Ed. Alisio), un livre dans lequel la journaliste économique Patricia Salentey réunit les secrets de réussite des 15 figures les plus emblématiques du nouvel entrepreneuriat tricolore, il confie qu’il devait rentrer passer Noël en famille en Vendée, mais tous les trains au départ de Paris étaient complets. «Ma sœur est passée me prendre et, sur l’autoroute, je me suis rendu compte que toutes les places disponibles n’étaient pas dans les trains mais dans les voitures!» L’absence de solution à ce problème l’interpelle. Comment mettre fin aux voitures qui roulent quasiment à vide, une aberration écologique, et accompagner un changement de mentalité (le partage)? Quand il se lance en 2006, personne ne croit à son projet. Qu’à cela ne tienne. Frédéric Mazzella est persuadé que son entreprise répondra tôt ou tard à une évolution sociétale. Pari gagné. Aujourd’hui, il s’est imposé comme le symbole de l’économie collaborative et une star de la French Tech. Preuve qu’il y avait un réel besoin, la valorisation de BlaBlaCar a atteint plus de 1 milliard de dollars et plus de 60 millions de personnes font partie de la communauté.

Un ovni bancaire

Autre exemple d’entreprise née d’un besoin non satisfait, celui de Leetchi. Céline Lazorthes imagine cette plateforme de collecte de fonds en ligne alors que, étudiante, elle organise la journée d’intégration de son master à HEC. «Une galère classique lorsqu’il s’agit de faire circuler une enveloppe entre ceux qui n’ont pas de monnaie, ceux qui n’ont pas le temps ou les éternels injoignables qui se dérobent pour rembourser l’argent avancé», résume Patricia Salentey. A l’époque, le crowdfunding n’existe pas. Leetchi occupera une «niche» de marché spécifique, en offrant des solutions efficaces de paiement collaboratives sur internet. En 2017, le volume d’affaires total était de 1 milliard d’euros. Pour 2018, l’entreprise prévoit 2 milliards d’euros.

Décliner un modèle anglais

Rodolphe Carle a quant à lui eu l’idée de créer Babilou en 2003, après avoir constaté le manque cruel de solutions d’accueil pour les enfants de moins de 3 ans en France, alors que la dynamique des naissances et le taux d’emploi des femmes figuraient parmi les plus élevés d’Europe. Ce qui n’était qu’une crèche de 24 berceaux est devenu, quinze ans plus tard, le leader en France des crèches privées. L’entreprise emploie plus de 6500 personnes et affiche un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros.

Aux jeunes qui veulent se lancer dans la création d’entreprise, il prodigue les conseils suivants: aiguisez votre sens de l’observation – «on ne peut créer un projet d’envergure qui ne réponde pas aux attentes profondes» – mais aussi et surtout travaillez quelques années dans une société de capital-risque. «C’est une position très privilégiée pour apprendre l’entrepreneuriat, pour se familiariser avec la notion de risque. Vous vivez tous les jours avec des entrepreneurs qui réinventent le monde, vous avez deux ou trois ans d’avance sur l’innovation. Nous recevions 50 business plans par semaine, avec des entrepreneurs européens qui racontaient comment ils s’étaient inspirés d’idées américaines ou asiatiques.» C’est d’ailleurs en travaillant dans une société de private equity à Londres qu’il a pu étudier des dossiers de crèches privées en Angleterre, concept qu’il a par la suite transposé avec succès à la France. Avis aux aspirants entrepreneurs, il existe une véritable pénurie de crèches en Suisse romande! 

Le travail comme outil d’intégration sociale

Conscient que le degré de civilisation d'une société se mesure d'abord à la place qu'y occupent les femmes, Guillaume Richard, enfin, a décidé de créer O2 en 1996 (groupe Oui Care) pour répondre à une véritable nécessité sociale – permettre aux femmes de dégager du temps en déléguant le ménage, la garde des enfants et des beaux-parents âgés – et apporter une respiration (d’où le nom O2, comme l’oxygène). Il souhaitait également faire venir à lui les demandeurs d’emploi. Jouer un rôle d’éponge et, en les formant, leur faire prendre l’ascenseur social. «Dans le secteur des services à la personne, si vous restez indépendant, vous n’avez pas de perspectives d’évolution professionnelle. Une nounou va probablement le rester toute sa vie, avec très peu d’opportunités de formation. De façon très concrète, 40% de nos postes d’encadrement sont pourvus par la promotion interne.» A ce jour, O2, qui compte 17 500 salariés, est l’entreprise qui a créé le plus d’emplois en France ces cinq dernières années, devant Airbus et Safran.