La société Black Earth Farming (BEF) porte bien son nom. Fondée par le Genevois Michel Orlov, elle est active dans l'agriculture dans la zone dite «tchernozem», c'est-à-dire «terre noire» dans le sud-ouest de la Russie, et qui jouxte l'Ukraine et le Kazakhstan. Riche en matière organique, cette ceinture est considérée comme la plus fertile d'Europe.

BEF sera cotée à la Nordic Exchange Stockholm dès le 28 décembre. La société offrira entre 30 et 35 millions d'actions et a fixé l'objectif de cours entre 6,85 et 8,44 dollars. Elle espère obtenir quelque 255 millions de dollars. Cette manne est destinée à accroître ses activités: acquisition de nouvelles terres et de machines agricoles, et construction de silos.

L'histoire de BEF commence en 2005. Après des études à Saint-Gall et un passage chez Credit Suisse à Zurich, Michel Orlov était alors actif dans le Private Equity à Moscou. La Russie veut moderniser son agriculture et vient de libéraliser l'accès à ses terres aux capitaux étrangers. «Quand j'ai créé la société, je pensais pouvoir jouer un rôle moteur dans le développement de l'agriculture russe. Aujourd'hui, l'objectif est de devenir l'une de plus grandes entreprises agroalimentaires au monde», déclare Michel Orlov. Outre ce dernier, deux sociétés suédoises participent au capital de BEF.

La société possède près de 300000 hectares, soit l'équivalent de la superficie du Luxembourg. Un tiers est constitué de champs céréaliers. L'an prochain, la surface exploitée s'élèvera à 150000 hectares. BEF, comme une douzaine d'autres sociétés européennes, profite de bas prix des terres en Russie. Après l'écroulement de l'agriculture collective soviétique, des millions d'hectares sont encore laissés à l'abandon. Un hectare de terre agricole revient à 500 dollars en Russie, contre 7800 en Argentine, 28000 sur la côte américaine ou 32200 en Europe de l'ouest.

Boom du biocarburant

La stratégie de croissance de BEF repose sur plusieurs facteurs. A commencer par la demande croissante de produits agricoles en Russie où le pouvoir d'achat augmente. La société fait aussi remarquer que le pays est à présent très dépendant de l'étranger: 45% pour le lait, 55% pour la viande, 66% pour le sucre. Par ailleurs, elle affirme qu'à terme, alors que la surface cultivable se réduit au niveau mondial, la Russie sera parmi les rares pays où elle pourra être augmentée. BEF estime que la Russie dispose des moyens pour devenir une puissance agricole et tirer profit des prix élevés des vivres, mais aussi de biocarburants dont la demande mondiale augmentera.