Numéro cinq du marché des fonds en Suisse, le gérant d’actifs américain BlackRock grignote année après année des parts de marché dans notre pays. Le groupe, dont le vice-président est Philipp Hildebrand, l’ex-président de la BNS, détient des participations dans un grand nombre de poids lourds de l’indice SMI ou dans des sociétés de taille moyenne. Le groupe a son siège helvétique à Zurich. A l’occasion de l’inauguration, mardi, d’un nouveau bureau à Genève où travaillent neuf collaborateurs, Christian Staub, le directeur de BlackRock pour la Suisse, s’est entretenu avec Le Temps.

Le Temps: BlackRock a ouvert ses nouveaux bureaux à Genève. Pourquoi est-il important pour votre société d’avoir une présence sur le marché genevois?

Christian Staub: La Suisse romande est une région toujours plus importante pour nous. Pour pouvoir desservir un marché de manière professionnelle, il est indispensable à nos yeux d’avoir une équipe sur place. C’est aussi un signal important que nous voulons adresser au marché.

- Quelles catégories de clients vous intéressent-elles particulièrement à Genève?

- Il y a bien sûr les banques, qu’il s’agisse des succursales de grands établissements internationaux ou des banques privées. S’y ajoutent aussi les family offices, nombreux en région genevoise, ainsi que, plus généralement les investisseurs institutionnels comme les gérants de caisses de pension, etc.

- Dans le domaine des fonds, BlackRock est désormais le numéro cinq du marché en Suisse, juste après Pictet. Quelles sont vos ambitions à moyen et long terme dans ce domaine?

- Cette place de numéro cinq est basée sur les statistiques de la Swiss Funds & Asset Management Association (SFAMA). Ce classement est défini d’après les actifs sous gestion. Toutefois, ce critère ne représente à nos yeux qu’un des moyens de mesurer le succès ou l’insuccès d’une société, car les volumes varient fortement au gré des fluctuations du marché ou des devises. Nous voulons avant tout continuer de croître aussi bien dans le domaine des produits passifs (ETFs) – qui représentent environ 60% de nos actifs – que dans le domaine des fonds gérés activement. Que nous soyons dans quelques années le numéro cinq, quatre ou trois en Suisse dépend de l’évolution du marché et aussi de la stratégie de nos concurrents. Ce n’est pas un objectif en soi.

- Le fait que les investisseurs optent toujours plus pour des fonds passifs n’est-il pas dangereux à terme pour l’évolution de vos marges?

- Je distinguerais trois catégories d’instruments. Premièrement, les fonds hautement actifs, qui investissent aussi bien dans les actions, l’immobilier ou les hedge funds, par exemple. Deuxièmement, les fonds traditionnels en actions qui tentent de réaliser une performance supérieure à leur indice de référence. Troisièmement, les fonds entièrement passifs. A l’avenir, je pense que les marges seront le plus fortement sous pression au sein de la deuxième catégorie, qui est en quelque en sorte en milieu de terrain entre les deux autres segments. Dans la gestion de fortune, l’émergence de modèle d’affaires basés sur le conseil payant («fee-based advisory») fait que les clients deviennent toujours plus attentifs aux coûts des produits qu’ils achètent. D’un côté, certains clients sont prêts à payer davantage pour des fonds réellement actifs. De l’autre, ils optent pour les produits indiciels les meilleur marché. En revanche, ils sont de moins en moins disposés à payer pour des fonds actifs qui évoluent de manière très proche des indices. En Suisse, notre fonds qui affiche le plus grand volume est l’ETF iShares SMI, qui réplique la performance de l’indice et qui affiche une capitalisation de plus de 2,4 milliards de francs.

- Les acteurs qui offrent les prix les plus bas seront-ils les gagnants sur le marché des fonds?

- Le prix n’est qu’un aspect. Pour BlackRock, la qualité du conseil joue un rôle essentiel. Il est primordial d’aider les clients à pouvoir choisir les instruments qui leur conviennent le mieux. Notre valeur ajoutée se situe surtout dans le conseil.

- Vaut-il la peine pour un groupe global comme BlackRock de lancer des produits spécifiques pour le marché suisse?

- Si nous avons mis sur pied une société de fonds enregistrée en Suisse il y a deux ans, c’est bien dans ce but. Il est important de pouvoir offrir une palette de produits créés sur mesure pour les investisseurs suisses, en plus des autres fonds auxquels ils ont accès qui sont distribués à partir de l’Irlande ou du Luxembourg.

- BlackRock prend des participations qui généralement ne dépassent pas 5% du capital-actions des entreprises helvétiques. Cette part pourrait-elle augmenter à terme compte tenu de votre rôle toujours plus important sur le marché suisse?

- Il faut différencier entre deux aspects. Quand l’on dit que BlackRock possède, par exemple, 4,8% d’une entreprise suisse, cette part résulte à la fois de nos investissements actifs et passifs. Par exemple, si quelqu’un place 1000 francs dans un ETF sur le SMI, X francs seront investis dans Nestlé, Novartis, etc. S’y ajoutent ensuite encore quelques francs placés dans les mêmes titres investis via des fonds actifs. Pour autant, nous n’avons pas de directives internes qui limiteraient nos participations à un pourcentage défini du capital d’une société.

- BlackRock entend-il devenir plus actif sur le marché à l’avenir?

- Si BlackRock investit également de manière active sur le marché, nous n’avons pas l’intention devenir des investisseurs activistes! Nous privilégions avant tout un dialogue direct avec le management des sociétés dans lesquelles nous investissons.


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