Gouvernance

BlackRock est plus actif en Suisse qu’il n’y paraît

Le leader de la gestion passive est très actif en Suisse. Il s’est opposé au rapport de rémunération de plus de 40 sociétés suisses cotées lors de leur assemblée générale, selon la «Handelszeitung»

Le groupe BlackRock est le leader mondial de la gestion passive avec 5700 milliards de dollars. La plupart des fonds qu’il gère sont indiciels, ce qui signifie que leur composition correspond à celle de l’indice. Afin de refléter les indices suisses, il détient donc une part du capital de la quasi-totalité des sociétés suisses cotées. Ce comportement est appelé «passif» parce que le gérant ne cherche pas une performance supérieure à l’indice. Cette passivité est relative. Elle cache un rôle très actif sur la direction choisie par les organes dirigeants en matière de diversité ou de rémunération, selon la Handelszeitung (HZ).

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S’il ne vend pas une action d’une société dont il n’approuve pas les décisions, BlackRock discute avec ses organes et dirigeants. Et s’il n’est pas d’accord, il ne manque pas de voter non sur les points de l’ordre du jour qui le chagrinent lors de l’assemblée générale (AG). Les grands groupes, comme Nestlé, sont habitués à la discussion avec les principaux actionnaires, mais les plus petites sociétés sont plus réticentes.

Opposition aux trop fortes inégalités

Deux exemples d’opposition sont connus: chez le gérant de fonds GAM, le groupe américain partage les réflexions de Rudolf Bohli, l’investisseur activiste. A l’AG, il a refusé le rapport de rémunération. BlackRock a également discuté du plan de succession de Swiss Re, sachant que Walter Kielholz, le président du conseil d’administration, a été élu il y a vingt ans.

Pour une plus grande présence féminine

Au total, BlackRock a refusé les rapports de rémunération et s’est opposé à la nomination du responsable du comité de rémunération du conseil d’administration dans plus de 40 assemblées suisses. De A comme ABB à Z comme Zehnder. Le groupe de gestion s’est par exemple opposé à la nomination de l’administrateur responsable du comité de nomination lorsque l’entreprise comprenait trop peu de femmes dans son conseil et n’a pas convaincu dans son argumentation, par exemple chez Vontobel, EFG International et BKW.

Au plan européen, BlackRock a refusé au moins un point de l’ordre du jour dans 41% des 3239 assemblées générales. Parfois il n’est pas possible de connaître les raisons de ses choix individuels. Il a par exemple refusé la nomination de la maire de Zurich Corine Mauch et d’Andreas Schmid au conseil de l’aéroport de Zurich. Il en est allé de même contre huit administrateurs de Richemont, six de Dormakaba, cinq de Swatch Group, huit de Schindler, sept de SGS, cinq de Leonteq.

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Le rapport de rémunération est refusé lorsqu’il n’y a «pas de lien clairement mesurable entre la stratégie, la valeur des actions et le système d’incitation du management», explique Amra Balic, responsable de l’équipe de huit analystes de la gouvernance, au siège londonien de BlackRock.

BlackRock s’oppose à la hausse des inégalités. L’augmentation des revenus des directeurs ne doit pas s’éloigner de celle des employés à moins de présenter de très bonnes raisons, selon l’analyste. Sous cet angle, la taille de l’entreprise n’est pas un bon argument.

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Les entreprises suisses n’apprécient que modérément les critiques portant sur l’opacité du calcul. Elles l’expliquent par le fait que les bonus sont dépendants d’objectifs stratégiques qu’elles tiennent à ne pas divulguer à leurs concurrents. Le comportement final de BlackRock à l’assemblée dépendra alors des explications fournies par la société.

Le pire affront que peut recevoir un conseil d’administration provient du refus de la décharge à l’assemblée générale. BlackRock a fait ce pas lors de l’AG de LafargeHolcim, en raison de l’affaire syrienne. On a appris ce printemps qu’un manager aurait donné de l’argent à l’Etat islamique pour obtenir un contrat. BlackRock a également refusé la nomination des administrateurs présents à l’époque des faits.

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