La décennie passée n'a guère été propice aux cabinets de consultants. Ce n'est certainement pas Jean-Marc Blanc, président de Blanc Consultants, qui va dire le contraire: «Nous avons tous été touchés, explique-t-il. Ce qui nous a poussés, dans les années 1993 et 1994, à définir une stratégie pour notre entreprise similaire à celle que nous proposions à nos clients.» La réflexion s'est tout de suite portée sur un système qualité à mettre en place, afin d'augmenter l'efficacité du bureau dans ses appels d'offres. Mais si le concept était clair, les outils informatiques pour y parvenir n'étaient pas satisfaisants. Commencent alors plusieurs années de tâtonnements et de recherches d'alliances sans beaucoup de succès. «Quand on lutte pour sa survie et pour augmenter sa productivité, poursuit Jean-Marc Blanc, l'imagination se développe.» A force de plancher sur le sujet pour répondre aux exigences de plus en plus poussées de la direction, un des collaborateurs arrive en effet avec une maquette de projet informatique qui correspondait en tout point aux desiderata de la maison. Résultat: Blanc Consultants décide de se lancer dans le développement d'un logiciel de gestion destiné aux entreprises de services.

Imagination

Lips, ou Logique d'industrialisation des prestations de services, était né, présenté à l'état de concept à Computer 1998. Mais de la coupe aux lèvres, il manquait encore des mois de développement et une démarche commerciale afin de sensibiliser les premiers clients. «Nous avions épuisé nos réserves, notre énergie et une partie de notre bilan, explique Jean-Marc Blanc. De sorte que nous étions presque dans l'obligation de trouver des partenaires pour finaliser le projet.» Ceux-ci ne se présenteront toutefois pas sous la forme escomptée. Ce n'est pas une société informatique qui s'est intéressée à Lips mais bien des financiers prêts à monter dans le bateau. Lemtech, un fonds d'investissement en «private equity» géré par la société PLP à Genève, décide en effet d'effectuer son premier investissement dans la société Lips Management Systems créée à cet effet, en prenant la moitié du capital de 1 million de francs.

Aujourd'hui, la société existe, dotée de cinq informaticiens qui planchent sur la deuxième version du logiciel conçu pour Internet, et le réseau international pour la vente du produit prend forme. Chez Lips Management Systems, on est persuadé de ramer dans le sens du courant, tant la gestion des connaissances prend une importance croissante dans les entreprises. Si les industriels se sont mis depuis des années déjà à réfléchir sur les flux de production et la rationalisation des processus, les compagnies de services sont jusqu'ici restées largement en retrait de cette évolution.

Une vision globale

Avec Lips, Blanc Consultants entend combler ces lacunes, laissant entrevoir des gains de productivité spectaculaires et une meilleure gestion des projets, grâce à une méthodologie basée sur des concepts qualité, de partage du savoir et de comptabilité analytique. Et de citer en exemple les résultats obtenus au sein même de la société: «En cinq ans, nous avons probablement doublé notre productivité, commente Jean-Marc Blanc. Le temps de travail pour mettre une offre sur pied à été diminué par trois et nous décrochons le mandat une fois sur deux alors qu'avant seul un tiers de nos soumissions aboutissaient.»

«Le bénéfice majeur du système est, sans aucun doute, la gestion uniformisée des projets, l'accès clair à la planification et la vision globale de l'ensemble des mandats techniques ou administratifs de la société», expose tranquillement Gérald Cavin, membre de la direction de Stucky Ingénieurs Conseils qui a intégré le logiciel de gestion au sein de cette entreprise de 80 personnes. Comme l'expliquent ses concepteurs, le système est bien sûr encore perfectible, il n'en apporte pas moins un outil de gestion qui avait fait défaut dans cet univers des services en pleine croissance.