Fonds de placement

Blockchain: le chaînon manquant

OPINION. Nous assisterons au retour de l’argent sain et des paiements internationaux immédiats et sans intermédiaires, tandis que l’Etat devrait exercer un contrôle total sur le système financier

Il y a six siècles, les monnaies de réserve mondiales avaient une durée de vie certes limitée, mais longue, comprise entre 80 et 110 ans. Le contexte actuel sur les marchés fait écho à la situation que nous avions connue dans les années 70, époque où le statut de monnaie de réserve du dollar américain était contesté après la fin de l’âge d’or du métal jaune. Le billet vert semble sur le point de perdre son statut.

Dans les années 70, un accord formel sur les pétrodollars a été la réponse apportée aux difficultés du dollar; cet accord est désormais remis en question et l’or reprend sa place légitime de monnaie apolitique par excellence. Le système monétaire mondial est-il toutefois secoué par un séisme d’une rare violence ou les plaques tectoniques retrouvent-elles simplement leur position naturelle?

L’espoir venu de l’Orient

Les pays qui n’ont pas profité du statut de monnaie de réserve accordé au dollar passent désormais des contrats d’échange bilatéraux directs, augmentant leurs réserves d’or et réduisant leur stock de bons du Trésor américain. La Chine et la Russie ont signé des contrats de longue durée sur le pétrole et le gaz, libellés en yuans, pour un montant d’environ 700 milliards de dollars. Partout dans le monde, les signes de la désintermédiation du dollar se multiplient.

L’essor des cryptomonnaies

La refonte du système monétaire international trouve son origine dans l’invention de la blockchain, une technologie d’architecture de stockage distribuée, un système électronique qui permet de se passer des intermédiaires, comme les banques et les Etats, dans une transaction financière. Le passage du yuan à l’or nous a appris que le métal précieux est utilisé comme support pour l’intermédiation, mais la présence de la blockchain change encore plus radicalement les règles du jeu du système monétaire international et accélère le retour en force de l’or comme monnaie internationale. La blockchain apporte une solution aux problèmes de la portabilité et de la divisibilité du métal jaune.

Le contexte pourrait être propice pour que le FMI, la Banque mondiale et le G20 parviennent à un accord monétaire avantageux pour tous

L’un des défis du système actuel est la friction causée par les intermédiaires. Cette friction, que ce soit par le biais des banques ou des marchés des changes, n’a pas lieu d’être. La désintermédiation des secteurs bancaire et monétaire fait son chemin, qu’on le veuille ou non.

Ceux qui contestent l’arrivée de la blockchain et des nouvelles cryptomonnaies ont la même vision à court terme que l’agriculteur américain assis sur son cheval, une brindille de paille à la bouche, se gaussant du monstre de métal que représente à ses yeux la Ford T passant devant lui. A l’instar des véhicules à moteur au début du XXe siècle, la blockchain est là pour durer.

Une fois que l’or sera entièrement intégré au système monétaire international – ce n’est qu’une question de temps –, sa capacité à se déplacer sur la blockchain ne laissera plus personne indifférent. Le problème de l’or a trait depuis toujours à sa portabilité et à sa divisibilité; la blockchain fournit le support de transmission tant attendu.

La nouvelle donne

Avec la guerre que se livrent les puissances mondiales aux confins du système monétaire international, le scénario d’un conflit n’a rien d’une aberration. Le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale est menacé et les candidats à sa succession se bousculent. Le contexte pourrait être toutefois propice pour que le FMI, la Banque mondiale et le G20 parviennent ensemble à un accord monétaire avantageux pour tous qui fasse la part belle à l’or, plutôt qu’à la puissance de l’Occident ou de l’Orient. Autrement dit, un accord qui profite à toutes les parties.

Un tel mécanisme pourrait reposer sur les droits de tirage spéciaux du FMI, une monnaie de réserve internationale créée par le FMI en 1969 en complément des réserves existantes des pays membres, le dollar en perte de vitesse, le yuan et, vous l’aurez deviné, l’or. Grâce à la vitesse et à l’absence de frictions qui font la spécificité de la blockchain et la discipline naturelle de l’argent réel, nous devrions avoir le système monétaire international idéal auquel nous aspirions depuis longtemps. Nous assisterons au retour de l’argent sain et des paiements internationaux immédiats et sans intermédiaires, tandis que l’Etat devrait exercer un contrôle total sur le système financier, la société sans espèces qu’il rêve de mettre en place depuis longtemps.

Il se peut que nous ayons fini par trouver le chaînon manquant.

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