Recrutement

La blockchain est la gagnante du «mercato» des banquiers

La demande en financiers est en augmentation, notamment dans les technologies blockchain, mais pas uniquement dans la Crypto Valley zougoise. La place financière genevoise en profite. Une accalmie se dessine maintenant dans la compliance

En finance comme en football, la saison des transferts bat son plein. L’attrait des nouvelles technologies se traduit par une forte demande en talents financiers dans le domaine des cryptomonnaies et de la technologie blockchain. Selon le Cryptovalley Directory, cité par le magazine Netzwoche, 433 entreprises sont déjà actives dans la blockchain en Suisse. Zoug en attendrait 200 autres cette année, selon l’Aargauer Zeitung.

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«Pour beaucoup de cadres, le caractère de start-up et la culture d’entreprise sont très intéressants dans ces nouveaux domaines d’expertise. Beaucoup apprécient de pouvoir étendre leur savoir, et pas uniquement dans leur spécialité. La composante financière est aussi importante en vertu d’une rémunération en partie en actions», avance Christiane Bisanzio, conseillère auprès de Heidrick & Struggles, une société de recrutement de cadres, présente à Zurich et Genève.

Egalement des profils traditionnels

Par contre, «les gérants de fortune traditionnels sont toujours moins recherchés. Il est vrai que le réservoir de candidats est très limité», ajoute-t-elle.

Le marché de l’emploi lémanique se distingue toutefois de celui de Zurich et Zoug. «A Genève, le private banking reste dominant», précise Christiane Bisanzio. «L’un de nos clients est en quête de talents «crypto», mais tous les autres sont à la recherche de profils bancaires traditionnels», estime Nathalie Brodard, entrepreneure qui a fondé Brodard Executive Search, en 2009 durant la crise, à Genève, et qui s’apprête à ouvrir un bureau à Zurich, en septembre.

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Dans l’ensemble, le marché de l’emploi est, à son avis, assez porteur cet été. «Après la traditionnelle baisse de la demande de début d’année, la tendance est positive en Suisse romande, avec une hausse pour tous les métiers (banquiers privés, gestionnaires d’actifs, RH, communication, compliance, finance, audit) et au sein de tous les types d’établissements», révèle-t-elle.

Nouvelles tendances à Genève

De nouvelles tendances émergent au bout du lac. A Genève, «le marché de l’emploi bancaire est toujours très actif mais les profils recherchés ont changé. Depuis quelques mois, par exemple, la demande de banquiers spécialisés en blockchain est forte de la part de banques internationales, ce qui est cohérent avec la volonté que Genève soit une ville de référence dans ce domaine», constate Charles du Pontavice, directeur général de Morgan Philips Executive Search.

Dans les activités de support, après une période de délocalisations, les banques souhaitent aujourd’hui de plus en plus des experts en gestion du changement, en automatisation des processus et en cybersécurité, explique Charles du Pontavice. Par contre, «l’essentiel des recrutements clés sur la partie compliance est maintenant réalisé. Les banques cherchent désormais davantage de profils très pointus sur des marchés précis (Moyen-Orient, Amérique latine, Israël, etc.)», selon le chasseur de têtes.

A Lausanne, l’activité de recrutement à la BCV est «stable par rapport au premier semestre 2017». Le porte-parole de l’établissement cantonal précise que l’institut est en quête «notamment de spécialistes avec formation universitaire de type EPFL, pointus en cybersécurité ou d’experts au bénéfice d’un double voire triple domaine de compétence (finance, risque et compliance)». De plus, selon nos informations, des sociétés financières romandes pourraient communiquer une hausse des effectifs à court terme.

Transferts dans les structurés

Les experts en blockchain viennent d’horizons multiples, de la fintech à la banque traditionnelle, selon nos interlocuteurs. Plusieurs ont quitté l’industrie des produits structurés, écrit le magazine spécialisé Payoff. Robin Lemann, l’ancien responsable de la distribution publique des produits structurés en Suisse chez UBS, dirige dorénavant les activités de vente de Crypto Broker. Cette filiale de Crypto Finance Group a été créée en juin 2017. «Nous sommes 35 employés répartis entre Zoug et Zurich, et continuons à engager dans le cadre de notre expansion», déclare au Temps Patrick Mehrhoff, directeur du marketing et de la communication. Crypto Finance Group a également su attirer Marc Bernegger, nommé «Global Technology Pioneer» par le World Economic Forum. On y compte aussi Raymond Bär, l’ancien directeur de la banque privée de Julius Baer.

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Stefan Hascoet, qui dirigeait la commercialisation des produits structurés de la Royal Bank of Canada en Suisse, a également succombé aux charmes «crypto». Jonathan Llamas, ancien adjoint du responsable de la distribution numérique de la société de produits structurés Leonteq, s’est lancé dans la blockchain. Sur la seule place de Zurich, la liste comprend déjà des douzaines de tels cas provenant de la banque d’investissement, affirme Payoff.

L’industrie des structurés n’est pourtant pas en déclin. «En raison de l’évolution positive des affaires, en particulier au premier trimestre, les émetteurs cherchent davantage à augmenter leurs effectifs, tant à la vente que dans les activités de support», avance Jürg Stähelin, directeur de l’Association suisse produits structurés. Le chiffre d’affaires de ces produits s’est accru de 32% au premier trimestre, à 92 milliards de francs, un niveau record depuis l’introduction de cette statistique, en 2015.

«Les tendances générales demeurent inchangées. Les suppressions d’emplois sont compensées par les mouvements dans la branche et les départs dans d’autres branches», observe le porte-parole de l’Association suisse des employés de banque (ASEB), à Genève. L’ASEB confirme un tassement de la demande pour la compliance et constate une demande de gérants de portefeuille de taille moyenne. Le porte-parole note aussi «une augmentation de stress des assistants de gestion, devant répondre aux requêtes d’un plus grand nombre de gestionnaires».

Au total, les banques emploient 93 554 collaborateurs en Suisse à la fin 2017 (EPT), en recul de 7,7%, selon la BNS. Les effectifs des start-up et des sociétés non bancaires n’y sont naturellement pas compris.

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