Innovation

La blockchain peut générer des revenus pour les banques

Prochaine étape pour les banques privées, la gestion des cryptofortunes nécessite de nouveaux types de vérifications et de contrôles. La création de plateformes bancaires communautaires améliorera la sécurité et la rapidité des opérations

Les banques suisses accueillent probablement déjà des fortunes en bitcoins ou autres cryptomonnaies. Mais elles l’ignorent certainement. Il suffit que ces avoirs aient été déposés dans leurs coffres. Un client peut très facilement vouloir conserver dans un safe son portefeuille électronique physique, c’est-à-dire une sorte de clé USB qui contient des cryptomonnaies. Ou ce même client peut avoir laissé un simple morceau de papier dans son coffre. Papier sur lequel il a écrit sa clé privée, l’équivalent d’un mot de passe de 40 à 80 caractères, qui donne accès à un portefeuille en ligne contenant des bitcoins, par exemple. Mais une banque peut aussi gagner de l’argent grâce à la blockchain.

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Plus de 220 milliards de dollars. C’est la valeur cumulée de toutes les cryptomonnaies, dont 114 milliards pour le seul bitcoin. L’ensemble de ces actifs d’un genre nouveau représente donc «seulement» un peu plus de la moitié des avoirs que gère une banque comme Julius Baer, par exemple. Cette richesse numérique peut néanmoins représenter un relais de croissance pour des établissements de gestion de fortune, toujours à la recherche de nouveaux clients. Et il est probable que les détenteurs d’avoirs en «cryptos» soient plutôt jeunes, et donc susceptibles de développer leurs avoirs avec le temps.

Beaucoup s’y intéressent

Si la banque Frick, au Lichtenstein, offre la possibilité de déposer ces avoirs auprès d’elle, la gestion de ces cryptofortunes n’est pas encore à l’ordre du jour. La question de l’origine des fonds et du risque de blanchiment refroidit les banques, même si elles sont nombreuses à vouloir se positionner sur ce créneau. Des solutions existent, notamment à Genève, pour effectuer les contrôles obligatoires – y compris en matière fiscale – avant d’accepter ces avoirs.

Une fois que l’origine des fonds et le profil du client ont été validés, elle peut se constituer une couche de protection supplémentaire, soutient l’avocat Olivier Depierre. «La banque peut créer, dans ses bureaux, un portefeuille électronique sur lequel le client transférera ses cryptomonnaies. La banque a ainsi la certitude que ce nouveau wallet n’aura pas été préalablement utilisé pour des actes illicites et qu’il appartiendra bien à son client», avance le spécialiste en intégration de la blockchain dans la finance.

Deux cas de figure sont ensuite possibles techniquement. Dans le premier, la banque ne connaît pas la clé privée qui donne l’accès au wallet nouvellement créé. En clair, elle n’a pas accès à ces avoirs. En conséquence, «la banque accepte de ne pas avoir de droit de gage général sur ces avoirs cryptos. Il est donc probable qu’elle n’acceptera que des montants limités en cryptomonnaies, en pondérant ceux-ci avec le total des avoirs du client concerné dans ses livres», poursuit Olivier Depierre, dont l’étude collabore notamment avec Swisscom Blockchain et Arcatrust. Un droit de gage général permet à un établissement de prélever sur le compte d’un client de quoi compenser des pertes éventuelles de ce client qui lui font courir un risque pour elle-même. Ici, elle ne pourrait par exemple pas vendre une partie des bitcoins ou ethers de ce client.

Accès au «wallet» du client

Dans le second cas de figure, l’établissement connaît la clé privée associée au wallet du client. La banque peut alors «répliquer ses modèles d’affaires de la gestion de fortune traditionnelle, puisqu’elle peut avoir un pouvoir de disposition sur les avoirs cryptos du client», décrit encore l’avocat. Pour le compte du client, la banque pourra par exemple acheter et vendre des cryptomonnaies, ou investir dans des ICO, ces levées de fonds en cryptomonnaies ou en monnaies traditionnelles. Cette gestion se ferait dans un cadre discrétionnaire (la banque décidant des investissements, après avoir établi le profil de risque du client) ou selon un mandat de conseil (le client décidant seul d’exécuter ou non une opération). La création de produits financiers spécifiques liés aux cryptos est également envisageable.

La blockchain aura également de profondes implications pour l’organisation des banques, à commencer par les relations entre elles. En mai dernier, HSBC et ING ont effectué la première opération de financement des matières premières exploitant cette technologie, pour le compte du groupe Cargill. Elle avait pris 24 heures, avec une application partagée, contre 5 à 10 jours avec les multiples systèmes utilisés actuellement.

Plateformes bancaires communautaires

«Des banques pourront créer des plateformes communautaires basées sur la blockchain, ce qui améliorerait leur efficacité tout en simplifiant les opérations car leurs participants seront connus et jugés comme étant de confiance», prévoit Ralph Wyss, associé chez Deloitte. Une application possible concerne les transferts internationaux, qui seraient plus rapides et plus sûrs, précise le responsable du service Risk & Regulatory.

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Selon lui, les jetons – les tokens émis lors d’ICO par exemple – pourraient se substituer aux actions et obligations, et être échangés plus rapidement, sans entité centrale devant confirmer un transfert. Une autre application imaginée par Ralph Wyss repose sur les smart contracts, cette nouvelle génération de contrats qui déclenchent automatiquement des opérations lorsque des conditions définies préalablement sont remplies. «On réfléchit aux smart contracts depuis une vingtaine d’années et je pensais qu’ils deviendraient une réalité courante bien plus rapidement, analyse l’avocat de formation, qui siège au conseil d’administration de deux banques régionales. Mais ils ne se sont pas déployés à grande échelle car il faut que les deux parties concernées appartiennent à la même plateforme. La blockchain permettra d’assurer cela.»

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