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Blockchain: le grand retour sur terre

CHRONIQUE

La récente chute en flèche des prix des cryptomonnaies a pris de nombreuses start-up de court. Celles qui avaient misé tous leurs pions sur l’expansion rapide de l’économie décentralisée sans prendre la précaution de convertir une partie des fonds reçus lors de leur ICO (initial coin offerings, soit «levées de fonds en cryptomonnaie») en monnaie traditionnelle sont à court de liquidités et doivent fermer leurs portes. Consensys, l’entreprise créée par Joseph Lubin afin de développer un écosystème de produits basé sur le réseau Ethereum, dont il est le cofondateur, a récemment annoncé le licenciement de 100 collaborateurs. Depuis la nomination de Joseph Lubin par Forbes au classement des plus riches avec une fortune personnelle de 5 milliards, l’ether a perdu 93% de sa valeur.

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Le climat actuel a un effet direct sur le financement des projets de blockchain. Le modèle d’ICO, si populaire en début d’année, est à bout de force, malgré l’établissement d’un cadre juridique clair dans une série de pays, dont la Suisse. D’après le site Token Data, seuls 65 millions de dollars ont été levés par ce moyen en novembre dans le monde, contre 1,2 milliard encore au troisième trimestre de cette année. Les fonds de capital-risque (VCs) se sont engouffrés dans le secteur pour combler ce trou, leurs investissements passant de 900 millions de dollars en 2017 à 2,85 milliards cette année – une croissance de 316% sur douze mois.

Nouvelle génération de projets

L’arrivée en masse des investisseurs professionnels permet aux projets les plus prometteurs de bénéficier d’un soutien financier tout en réduisant les coûts légaux et marketing liés à une offre publique de tokens. Elle force aussi les start-up à se concentrer sur les produits à même d’être commercialisés à brève échéance. Alors que les blockchains gagnent en puissance, que l’expérience utilisateur s’améliore et que les frais de transaction diminuent, force est de constater que la transition vers de nouvelles infrastructures dans le secteur financier – vu initialement comme un marché naturel pour ces technologies – présente encore beaucoup de questions ouvertes.

C’est principalement dans les applications non financières des blockchains que l’on verra le progrès le plus rapide au cours des prochains mois; qu’il s’agisse de contrôler l’existence d’un titre universitaire, d’authentifier un objet de luxe ou encore de vérifier que l’offre de chacun a été soumise à temps dans le cadre d’une vente aux enchères, la cryptographie nous donne les moyens de prouver qu’une information a existé ou a été validée pour une partie spécifique à un moment donné.

Fini donc les grandes visions à dix ans d’écosystèmes décentralisés; l’arrivée des VCs est en passe de donner lieu à une nouvelle génération de projets, peut-être moins révolutionnaires, mais créant de la valeur concrète et plus immédiate pour leurs clients et leurs investisseurs.


Chronique précédente:

Vers la fin des blockchains et de l’open source?

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