Crise, récession, fond du trou, premier rebond? Les experts se divisent sur le diagnostic. Dans un entretien accordé au magazine CEO* de PricewaterhouseCoopers, Alex Widmer, PDG de laBanque Julius Baer, s'inscrit dans le clan des pessimistes: «Je crois que le pire reste à venir. Le problème des crédits hypothécaires n'est rien comparé à ce qui nous menace si la conjoncture tourne effectivement. Pour moi, le plus grand danger qui pèse sur les marchés financiers réside dans la surproduction mondiale de nombreuses matières premières de base comme l'acier, le cuivre, le ciment et le nickel. Le monde entier chauffe les capacités à coups de financement par crédit pour satisfaire la demande émanant des pays émergents comme la Chine et l'Inde, alors que personne ne sait comment la demande va véritablement évoluer.» Dès lors, le banquier s'attend à une tendance baissière durable des marchés financiers «qui n'a rien à voir avec la volatilité que nous avons connue ces derniers mois».

Depuis l'introduction de la monnaie unique, les banques centrales des pays membres sont sous pression: elles ne peuvent plus décider la politique monétaire de leur pays, mais sont contraintes de suivre la ligne commune définie par la Banque centrale européenne (BCE). Deux chercheurs du KOF à Zurich, Jan-Egbert Sturm et Timo Wollmershäuser, ont analysé les écarts entre la politique monétaire de la BCE et celle qui aurait mieux convenu, en théorie, aux différents pays concernés. Conclusions de leur étude complexe: pour l'Irlande le taux idéal aurait été de 2,8 points de pourcentage supérieur au taux déterminé par la BCE pour l'ensemble de la zone euro; par contre, pour l'Allemagne, il aurait été de 0,6 point inférieur. Situation quasi identique en France.

Cartel ou club? La Thaïlande, premier exportateur mondial de riz, a annoncé la semaine dernière son intention de créer, avec d'autres pays riverains du Mékong (Birmanie, Cambodge, Laos, Vietnam), un cartel qui fixerait les prix du riz, sur le modèle de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). La production mondiale de riz est évaluée pour 2007 à 645 millions de tonnes (soit 430 millions de tonnes en équivalant riz usiné), dont 585 millions récoltées en Asie. Seule une toute petite partie – 5 à 6% de la production mondiale – est exportée hors des pays de production. Et parmi les pays exportateurs, la Thaïlande – elle a exporté l'an dernier 9,5 millions de tonnes de riz – précède le Vietnam, l'Inde, les Etats-Unis et le Pakistan.