La microfinance aborde les marchés financiers avec une assurance croissante. Mercredi, le genevois BlueOrchard a commencé avec Morgan Stanley l'émission d'un emprunt structuré de 106 millions de dollars (140 millions de francs), la plus grande opération jamais lancée dans le secteur.

Les fonds récoltés serviront à financer 22 banques spécialisées, qui accorderont des crédits de faibles montants à des centaines de milliers d'entrepreneurs dans 13 pays en développement.

«Nous cherchons pour la première fois à convaincre des investisseurs qui n'affichent pas de biais éthique ou social», confie Jean-Philippe de Schevrel, le responsable des opérations. BlueOrchard peut s'appuyer sur les résultats du fonds de placement en microfinance dont Dexia lui a confié la gestion. Il s'est apprécié de près de 40% depuis septembre 1998. Sa masse sous gestion atteint 90 millions de dollars.

Depuis deux ans, l'entreprise genevoise a aussi émis pour 87 millions de dollars d'emprunts structurés avec JP Morgan. La compagnie financière Edmond de Rothschild, à Paris, l'a chargée de s'occuper de 10 millions d'euros placés dans l'un de ses fonds de placement.

BlueOrchard, 11 employés, n'est plus éloigné des 300 millions de dollars sous gestion. Il n'en avait que 10 millions en 2000. L'année de la microfinance décrétée en 2005 par l'ONU a donné un coup de fouet supplémentaire au secteur. Une centaine de véhicules de placement se disputent le créneau. Ils étaient une vingtaine au tournant du siècle.

Le nombre de banques de microcrédit susceptibles de recevoir le soutien des investisseurs du Nord a lui aussi décuplé. «Il est passé d'une trentaine à un demi-millier en quelques années», déclare Roland Dominicé, le responsable de la clientèle de Symbiotics à Genève.

Symbiotics décroche ses premiers mandats

Cette jeune pousse fondée l'année passée par des transfuges de BlueOrchard s'est positionnée dans le courtage. Son rôle consiste notamment à identifier les banques de microcrédit qui seront de bons débiteurs. Symbiotics a obtenu un mandat pour conseiller un fonds de 30 millions d'euros de l'European Investment Fund, un organisme contrôlé par la Banque européenne d'investissement (BEI) et l'Union européenne. Par ailleurs, la firme zurichoise ResponsAbility lui a demandé de l'aider à placer 2,5 millions de dollars. Symbiotics emploie 9 personnes.

Le développement de la microfinance à des rythmes de 30% à 40% par an ménage de la place pour tout le monde. «Mais il y aura une consolidation un jour ou l'autre», prévient Roland Dominicé. Dans ce marché encore très jeune, BlueOrchard se profile comme l'un des plus importants acteurs cherchant à sevrer la microfinance du soutien des organismes d'aide au développement. Jack Lowe, son directeur général, n'hésite pas à affirmer que la microfinance deviendra une «classe d'actifs établie» au même titre que les actions ou les matières premières.

BlueOrchard n'en est pas encore tout à fait là. La tranche la plus risquée du nouvel emprunt de 106 millions, 30% du total, n'a pas été souscrite par des investisseurs privés, mais par la FMO, la banque néerlandaise de développement. Elle épongera en priorité les défauts de remboursement, mais elle empochera aussi un intérêt de 9%.