BlueOrchard a voulu faire d’une pierre deux coups. La société qui investit dans la microfinance a lancé un fonds en monnaies locales, aussi dite frontières, à l’exception des pays dits des «BRIC» (Brésil, Russie, Inde et Chine). Les experts du groupe genevois prêtent ainsi à des institutions de microfinance (IMF) qu’ils suivent déjà, mais plus en monnaie forte, comme le dollar.

L’intérêt? «Nous pouvons apporter du capital là où il est nécessaire en évitant l’effet pervers du billet vert à terme», explique Melchior de Muralt, vice-président du conseil d’administration. «Nous espérons avoir un impact social plus fort. L’octroi de prêts en monnaie locale permet également d’élargir l’univers d’investissement à des institutions moins développées et à des pays où il n’existe pas d’accès à une couverture du risque devises ou ceux où le coût du hedge est prohibitif.»

Deuxième avantage, «nous avons voulu offrir une nouvelle diversification pour nos investisseurs, qui peuvent s’exposer à des monnaies à fort potentiel mais difficiles à atteindre», poursuit le responsable. La société s’est alliée à deux partenaires spécialistes des monnaies émergentes ou frontières pour les aspects techniques, notamment s’il y a des besoins de couverture.

Le fonds vise une performance de Libor +5% par an, avec un risque évalué à 3,6% p.a. «La volatilité de ces monnaies frontières est plus basse que celle des BRIC, car elles sont peu liquides. Ces marchés sont peu profonds, il y a donc peu de flux spéculatifs qui font tanguer les devises», assure Melchior de Muralt. Il cite notamment la Tanzanie, dont les perspectives sont intéressantes.

BlueOrchard a également voulu accentuer ses compétences en Asie. Après Phnom Penh en 2010, la société a ouvert des bureaux à Bombay et à Pékin l’an dernier. «Pour l’instant, nous ne comptons qu’une personne en Chine. Elle s’est associée au comité d’investissement d’un fonds spécialisé dans le financement d’organisations non gouvernementales», explique Melchior de Muralt. La société préfère être prudente: «Le marché chinois est compliqué et il y a eu un emballement dans la microfinance, il faut donc trier avec soin les projets. Mais les besoins, notamment dans les campagnes, restent énormes et notre objectif de lancer un fonds est toujours présent.»

Signe de sa présence renforcée en Asie, BlueOrchard a été désigné comme gérant d’une autre initiative, MIFA (Microfinance Initiative for Asia), qui gère des fonds publics, dont de l’Union européenne, pour soutenir le développement et renforcer la croissance à long terme de micros, petites et moyennes entreprises en Asie et Asie centrale. «Cet outil permet de diversifier les moyens de prêter aux IMF, explique Melchior de Muralt. Les besoins de financement ont changé. Jusque-là, les prêts se faisaient par le biais de dette senior aux institutions. Maintenant, nous pouvons répondre à la demande de dette subordonnée, notamment de la dette mezzanine.»

La société compte 38 employés, dont 22 à Genève, et dit continuer à recruter. Elle gère au total 650 millions de francs.

«Nous avons voulu offrir une nouvelle diversification pour nos investisseurs»