Le constructeur de machines anglais Vickers a choisi: ce sera le groupe munichois BMW qui pourra lui racheter les deux marques prestigieuses d'automobiles Rolls Royce et Bentley pour un prix fixé à 340 millions de livres sterling (850 millions de francs suisses). «Après examen minutieux de plusieurs propositions, le conseil d'administration de Vickers considère que l'offre de BMW est la plus intéressante aussi bien pour les actionnaires que pour la pérennité de cette société unique», a déclaré le président et directeur-général de Vickers, Colin Chandler, dans un communiqué publié avant l'ouverture de la Bourse de Londres. La proposition initiale de BMW atteignait 150 millions de livres. Par un appel d'offres, le fabricant anglais a réussi à faire monter les enchères.

Avec ce rachat, BMW s'ouvre une porte vers le haut de gamme. Le groupe munichois fournit déjà les moteurs V-12 pour le nouveau modèle de la prestigieuse marque anglaise. Lors de l'annonce de cette collaboration en 1994, Bernd Pischetsrieder, le patron de BMW, n'avait pas caché qu'il y voyait un «positionnement stratégique». Le rachat annoncé hier lui a donné raison.

La société disputait principalement la reprise de Rolls-Royce à un autre constructeur allemand, Volkswagen. Des fanatiques de la prestigieuse marque rassemblés autour d'un ancien directeur de Rover, avait également soumis une offre. Après ce rachat qui tient lieu de symbole, BMW fait pourtant profil bas. «Nous attendons la décision finale des actionnaires de Vickers» explique un porte-parole. BMW n'a pas publié hier de communiqué, mais promet de donner des informations complémentaires aujourd'hui lors de sa conférence de presse annuelle.

Scepticisme des observateurs

Les appréciations des analystes sur ce rachat ne sont pas enthousiastes. Chez Deutsche Bank, Hans-Jörgen Menzner, estime ainsi que cette acquisition n'était pas «stratégiquement nécessaire». Il la compare au rachat de Jaguar par Ford. «La société n'a aucunement profité de cette opération», note-t-il. «Pour BMW, il aurait été plus sûr et moins cher de développer à l'intérieur du groupe des voitures à 8 et 10 cylindres» explique M. Menzner. Hans Hartmann, analyste chez Dresdner Bank, est également d'avis que ce rachat tient plus au prestige qu'à des raisons stratégiques.

Cet engagement pourrait revenir cher au groupe de Munich, estiment les analystes. Comme le groupe a l'intention de doubler à long terme les ventes de Rolls-Royce, il devrait investir plus de 1 milliard de livres (2,5 milliards de francs suisses) dans la production, note M. Menzner. Le rachat annoncé hier est ainsi comparé à la reprise de Rover par BMW en 1994. En octobre dernier, son président Walter Hasselkus, avait déclaré que la maison mère munichoise devrait investir 3,5 milliards de DM (2,9 milliards de francs suisses) de plus que prévu d'ici 1999 pour mettre Rover au niveau de rentabilité et de qualité de BMW. Le volume d'investissements totaux pour la marque anglaise se sera monté à 7 milliards de marks (5,7 milliards de francs suisses), alors que l'investissement initial avait été de 1,6 milliard de francs suisses, note M. Hartmann.

Les actionnaires de BMW devront supporter les coûts d'intégration de Rolls Royce au cours de ces prochaines années, estime M. Menzner. L'analyste de Dresdner Bank n'est pourtant pas aussi pessimiste: il estime que le volume n'est pas assez important pour qu'il influe de manière significative sur les résultats. Après de nombreux années dans les chiffres rouges, Rolls Royce a présenté un bénéfice d'environ 30 millions de livres (75 millions de francs suisses) l'année passée.

Les experts notent que le marché de la voiture de luxe est trop étroit pour permettre à un nombre important de concurrents de pouvoir y gagner de l'argent. Ils s'attendent pourtant à ce que d'autres fabricants fassent le pas. Ferdinand Piëch, patron de Volkswagen, a ainsi clairement fait savoir que son groupe aurait à coeur de s'adjoindre deux marques dans le haut de gamme même s'il n'obtenait pas les fabricants Rolls Royce et Bentley.

VW pourrait faire renaître la marque de luxe Horch, qui a été mise en sommeil après la Deuxième Guerre mondiale. Daimler-Benz envisage pour sa part de lancer d'ici à six ans dans le créneau du luxe le modèle Maybach, présenté au Salon de Tokyo l'an passé. La liste des constructeurs interessés par le haut de gamme ne se limite pourtant pas aux constructeurs allemands. Chrysler, Toyota, General Motors et Renault étudient également divers projets visant à élargir leur gamme dans ce segment.