Matières premières

BNP Paribas tourne le dos au schiste, pas à sa filiale genevoise

La banque française ne financera plus d’activités liées aux hydrocarbures non conventionnels. La place financière genevoise hausse les épaules ou évoque une «surenchère» écologique

C’est promis: BNP Paribas ne financera plus l’extraction et le commerce d’hydrocarbures non conventionnels. Une catégorie qui inclut le pétrole et le gaz de schiste ainsi que le pétrole issu de sables bitumineux. La banque française, dont la filiale genevoise a longtemps représenté la plaque tournante du commerce de matières premières, l’a annoncé via un communiqué de presse diffusé mercredi.

Directeur général de la banque, Jean-Laurent Bonnafé s’en est expliqué un peu plus longuement sur sa page LinkedIn. Il évoque «une prise de conscience internationale» sur l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique. «La transition énergétique est aujourd’hui l’autre nom du développement économique», a-t-il également entonné sur le réseau professionnel. La production d’hydrocarbures non conventionnels, dont la production est l’une des plus polluantes du secteur, est concentrée aux Etats-Unis et au Canada.

Pas d’impact à Genève

La nouvelle ne touchera pas les traders genevois de BNP Paribas. Contactée par Le Temps, la banque confirme: «L’essentiel de cette activité n’est pas basée à Genève mais en Amérique du Nord. Il n’y aura donc pas d’impact ici.»

La décision du groupe de cesser «ses relations avec les acteurs dont l’activité principale est l’exploration, la production, la distribution, le marketing ou le trading de gaz et de pétrole de schiste et/ou de pétrole issu des sables bitumineux» sera sans conséquence pour la place genevoise. Le financement «d’activités sur sol américain s’effectue généralement via des banques locales. Au niveau régulatoire, c’est beaucoup plus simple que le commerce international, qui est une spécificité genevoise», fait valoir le patron du courtier Magma Oil, Kamel Mohab.

Du côté des grandes maisons de négoce on hausse aussi les épaules. Cette décision n’aura que peu de portée car «BNP Paribas n’est plus un acteur important dans le secteur», explique l’un de ses représentants, qui n’a pas souhaité être nommé.

Une «surenchère» écologique

Le groupe Crédit Agricole, et sa filiale suisse CA Indosuez, active dans le négoce, évoque une «surenchère» de BNP Paribas. «Nous sommes totalement sortis du charbon, avons des restrictions fortes sur certains gaz et pétroles depuis des années et il est probable que nous les resserrions encore», explique la banque française, citée dans le quotidien Les Echos de mercredi.

Pour Kamel Mohab, la décision est comptable avant d’être politique. Les banques qui ont bénéficié de plans de sauvetage en 2008 – et donc de deniers publics – sont désormais contraintes de réduire leur pourcentage de crédits afin d’augmenter leurs fonds propres. «Elles doivent bien réduire la voilure quelque part. Après la crise, elles ne peuvent pas se permettre de le faire dans les hypothèques ou les prêts aux particuliers. Couper dans les lettres de crédit, ça passe mieux politiquement», tranche l’ancien trader.

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Amende record

En réalité, BNP Paribas avait déjà passablement «réduit la voilure» du financement de pétrole et de gaz. Son exposition s’élève, au niveau mondial, à 18,7 milliards de dollars, selon le dernier chiffre disponible datant de 2016 (nette de garanties et de provisions). Un chiffre qui comprend toutes les activités susceptibles d’être touchées par une variation des cours: des prêts allant des majors pétrolières jusqu’aux stations-service.

Une donnée qui n’existe pas pour 2014, année où BNP Paribas avait écopé d’une amende record de près de 9 milliards de francs (payée à moitié par la filiale suisse) des autorités américaines pour avoir violé l’embargo contre l’Iran, Cuba et le Soudan. Mais la banque s’était déjà débarrassée deux ans plus tôt de ses activités de financement adossé à des réserves d’hydrocarbures (Reserve-Based Lending) portant sur 9,5 milliards de dollars de prêts. C’était le groupe américain Wells Fargo qui avait raflé la mise.

Un tiers d’employés en moins

BNP Paribas employait 1800 collaborateurs en Suisse il y a sept ans, contre quelque 1400 aujourd’hui. Le recentrage de ses activités a affecté le négoce de matières premières, qui est passé de 70% des activités de l’établissement genevois contre un tiers aujourd’hui, selon les dires de son directeur, Geoffroy Bazin.

Dans une récente interview, il confiait au Temps vouloir «redémarrer le négoce» en doublant le volume de financement à 200 millions de francs ces quatre prochaines années. Un projet qui reste d’actualité, confirment les services de presse de BNP Paribas.

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Preuve que la place de négoce suisse continue d’intéresser les investisseurs. Selon l’agence Bloomberg, la banque américaine Goldman Sachs pourrait y étendre ses activités.

*Correction: Le nombre d'employés de BNP Paribas en Suisse a été corrigé à la hausse vendredi matin

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