Dans un contexte d’incertitude politique marqué, principalement du côté de l’Union Européenne, la Banque nationale suisse (BNS) a connu un premier trimestre très mouvementé. En effet, malgré les ventes répétées de franc suisse sur le marché des changes, la BNS éprouve de grandes difficultés à contenir l’inexorable appréciation du franc face la monnaie unique. Après s’être stabilisé au-dessus du plancher implicite des 1,07, le cours euro-franc est reparti à la baisse en direction des 1,06, forçant la banque centrale à redoubler d’effort.

Il n’y a cependant rien de surprenant à ce retour des pressions haussières sur la monnaie helvétique. Cela était même largement anticipé par les intervenants puisque l’année 2017 était annoncée comme celle de tous les dangers pour la BNS. En effet, l’agenda politique dans l’Union Européenne est très chargé puisque plusieurs pays clés doivent élire leur instance exécutive ou législative, et même parfois les deux.

Les élections législatives aux Pays-Bas en mars dernier, qui faisaient redouter un virement à droite du parlement, ont donné un avant de goût de ce que les prochains mois pourraient nous réserver. En effet, les élections françaises sont les prochaines sur la liste et au vu des derniers sondages, le résultat reste très incertain. En outre, la propension des investisseurs à se précipiter vers les valeurs refuges à l’approche de scrutin populaires déterminants, tels que le Brexit ou l’élection de Donald Trump, a été décuplée par l’apparente incapacité des instituts de sondage à fournir des estimations fiables.

Finalement, de l’autre côté de l’atlantique, les multiples échecs essuyés par Donald Trump (décret anti-immigration et refonte du système de santé), ainsi que son imprévisibilité sur des dossiers sensibles, notamment ses prises de positions pour le moins changeantes vis-à-vis de la Russie, alimentent les pressions haussières sur les valeurs refuges. La rapide, mais non moins volatile, appréciation de l’or et du yen japonais, traduit parfaitement cette fébrilité croissante.

Afin d’empêcher le franc de s’envoler, et pour maintenir les spéculateurs à distance, la BNS a mis les bouchées doubles ces derniers mois. Depuis le début de l’année, la croissance des dépôts à vue (utilisé comme indicateur de volume des interventions de change) s’est inscrite à 35,2 milliards de francs – comparé à une augmentation de 13,5 milliards au cours du trimestre précédent – portant le total à 564,1 milliards en date du 7 avril.

Les réserves de change quant à elles ont atteint 683,2 milliards à la fin du mois de mars, soit une augmentation de 37,9 milliards de francs au cours des trois derniers mois. A titre de comparaison, le produit intérieur brut (PIB) de la Suisse pour 2016 avoisinerait les 650 milliards (prix courant) selon les dernières estimations. De quoi remettre sérieusement en doute la viabilité d’une telle politique non seulement à long terme, mais également à moyen terme.

La situation continue de se détériorer la banque centrale. En effet, en faisant l’hypothèse qu’il n’y ait pas de changement de dynamique significatif sur le marché des changes d’ici à la fin de l’année, les réserves de change de la BNS pourraient atteindre entre 730 et 760 milliards de francs suisses à fin 2017; ce qui représentera 115% du PIB en moyenne, et cela sans prendre en compte les autres entrées au bilan.

Pour l’instant Thomas Jordan et son équipe n’ont pas l’intention, du moins en apparence, d’apporter quelque modification. A notre avis, ce n’est bientôt plus une question de choix mais bien une question de temps avant que la BNS ne procède à des ajustements de sa politique monétaire. Cependant, il y a fort à parier que la victoire d’un candidat proeuropéen aux élections françaises fournira une bouffée d’air frais plus que bienvenue. Pour l’instant, rien ne permet d’affirmer un tel résultat. Ce répit ne sera malheureusement que de courte durée pour la BNS puisque les élections allemandes seront précédées par un très probable retour de la crise de la dette grecque au courant de l’été. Dans un tel environnement, un retour sur les 1,05 est donc plus que probable.