Nomination

La BNS débauche une Genevoise au FMI

Andréa Maechler remplacera Jean-Pierre Danthine en juillet prochain. Peu connue en Suisse, elle prendra la tête du département chargé de défendre le taux plancher

La BNS débauche une Genevoise au FMI

Succession Andréa Maechler remplacera Jean-Pierre Danthine en juillet prochain

Peu connue en Suisse, elle prendra la tête du département chargé de défendre le taux plancher

Le moins que l’on puisse dire, c’est que peu de gens, en Suisse, l’ont côtoyé. Son nom n’avait même jamais circulé. Car Andréa Maechler, nommée mercredi à la direction de la Banque nationale suisse (BNS), reviendra de Washington où elle a officié depuis 2001 au sein du Fonds monétaire international (FMI). Elle prendra ses nouvelles fonctions en juillet 2015, remplaçant Jean-Pierre Danthine, qui prendra sa retraite. Dernier poste en date, pour cette Genevoise: chef adjoint de la division Global Markets Analysis au sein du FMI. Cette division est notamment chargée d’établir les rapports de stabilité financière au niveau mondial (lire ci-dessous).

Cette ancienne nageuse d’élite sera la première femme à intégrer la direction de la BNS. Où elle sera chargée de veiller à la défense du taux plancher entre le franc et l’euro, l’une des responsabilités du troisième département. Celui qu’elle remplacera, Fritz Zurbrügg – qui avait également effectué un passage au FMI –, devient numéro deux de la BNS et reprend le deuxième département, consacré notamment à la stabilité financière.

Contactée, la nouvelle membre du directoire n’a pas répondu à nos messages. L’intéressée ne s’exprimera pas avant sa prise de fonction, précise la BNS. Ceux qui l’ont côtoyée la décrivent néanmoins comme «excellente» et «ayant un bon esprit d’équipe».

Parmi les rares experts, universitaires ou politiciens à la connaître, Charles Wyplosz ne tarit pas d’éloges. «Un choix superbe», s’exclame le professeur de l’Institut de hautes études internationales et du développement (HEID) quand on lui annonce par téléphone cette nomination. «C’est quelqu’un de très professionnel, de compétent et qui, comme Jean-Pierre Danthine, est plutôt spécialisé dans le domaine financier», poursuit celui qui a rencontré la nouvelle élue au sein de la Banque centrale européenne – elle a siégé au Comité européen du risque systémique – mais aussi aux réunions des anciens de HEID, «où elle était très active».

Seul à s’être ouvertement déclaré candidat pour le même poste, Philippe Bacchetta, professeur à Lausanne, juge que «c’est une excellente candidate. Elle n’est pas très connue en Suisse, mais c’est une très bonne économiste.»

Mariée, deux enfants et née en 1969, elle a étudié à l’Université de Toronto, puis à HEID et à l’Institut de hautes études en administration publique de Lausanne. Elle a obtenu son doctorat en sciences économiques internationales à l’Université de Californie, à Santa Cruz, en 2000.

Depuis, elle est passée par plusieurs organisations internationales, dont l’OCDE, la Cnuced et l’OMC, et a officié deux ans comme économiste senior à la BNS à Zurich jusqu’en 2001. Avant le grand saut à Washington.

Pour Charles Wyplosz, son passage du FMI à la BNS «est sain. Cela lui confère une vision extérieure.» Professeur à Fribourg, Sergio Rossi ajoute qu’«à Washington les activités qu’elle mène sont concentrées sur un seul domaine et l’environnement de travail a peut-être souffert du fait que l’institution est souvent ouvertement critiquée».

Un parcours qui a ses défauts: un universitaire, concédant qu’il la connaît peu, la juge «très ou trop discrète. Elle est tout à fait dans la tradition des économistes qui travaillent dans les grandes organisations: ils sont en général brillants, très bien formés et informés, mais dont on ne peut jamais savoir ce qu’ils pensent vraiment personnellement.» Pour cet universitaire romand, «on a du mal à la cerner et sa nomination laisse planer un gros point d’interrogation, moins sur ses qualifications que sur sa ligne. Avec elle la direction de la BNS bascule du côté des «fonctionnaires» et perd beaucoup de son ancrage et de sa crédibilité académiques.»

«Elle n’est pas très connue en Suisse, mais c’est une très bonne économiste»

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