La BNS justifie ses placements controversés dans l’armement

Polémique Thomas Jordan, le président, a expliqué comment des fabricants de bombes se retrouvent dans le portefeuille d’actions

La banque centrale mise aussi sur les géants du pétrole et du numérique

La Banque nationale suisse (BNS) se serait sans doute bien passée de cette nouvelle polémique. Quelques semaines après avoir fait savoir qu’en raison de la chute de la valeur de ses 1040 tonnes d’or, ses actionnaires, cantons et Confédération, ne toucheraient pas un centime de dividende, au titre de l’exercice 2013, l’institution monétaire est à nouveau pointée du doigt. En cause, la révélation, dimanche, de ses investissements dans des entreprises américaines actives dans le secteur de la défense. Concrètement, des fabricants d’armes et de bombes nucléaires ou à sous-munitions, tels Lockheed Martin, Alliant Techsystems ou Babcock & Wilcox.

Jeudi soir, à l’issue d’une conférence prévue de longue date à Zurich, le président de la BNS, Thomas Jordan, a saisi l’occasion pour s’en expliquer. «Notre politique d’investissement en actions est basée sur la réplication d’indices, avec quelques exceptions», a-t-il résumé. Plus précisément, lorsqu’elle achète des actions, la BNS choisit une monnaie ou un pays donné, à l’exemple des titres américains en dollars. Puis elle achète des actions qui répliquent le plus largement l’indice américain. «Nous n’effectuons pas une sélection active», a insisté Thomas Jordan.

Dans l’après-midi, jeudi, la BNS indiquait également qu’elle n’achète des titres que de manière directe. Elle s’interdit tout intermédiaire ou toute acquisition de fonds de placement. Cette restriction, l’institution se l’est imposée dans la foulée de la nouvelle loi sur la banque nationale, qui dès mai 2004, lui octroyait le droit d’investir dans des actions.

La BNS s’est fixé d’autres limites. Parmi les quelque 2480 entreprises américaines dans lesquelles elle était investie à fin septembre 2013, on ne trouve par exemple aucune trace de grands établissements financiers. «En regardant bien, vous trouverez de plus petites banques», souligne-t-on à la BNS, tout en précisant qu’elle s’interdit de détenir des participations dans des banques «moyennes ou grandes» – et pas seulement aux Etats-Unis. Ceci, afin d’éviter tout éventuel conflit d’intérêts lié à ses prérogatives de banque centrale. Elle se laisse en revanche le droit d’acheter des parts dans des assurances.

D’autre part, selon Thomas Jordan, un certain nombre d’actions bien spécifiques sont aussi exclues de son univers d’investissement. «Récemment, le directoire de la BNS a décidé d’exclure les sociétés qui, soit fabriquent des armes prohibées, soit heurtent gravement les droits humains ou causent de manière systématique des dommages graves à l’environnement», a-t-il ajouté jeudi.

En dépit de ses explications, les révélations sur ses positions soulèvent d’autres questionnements, d’ordre plus général. Pourquoi les investissements de la BNS, laquelle répète à l’envi ses efforts pour être la plus discrète possible, sont-ils si facilement identifiables? A partir de 100 millions de dollars de positions dans des titres américains, l’autorité boursière, la SEC (Security Exchange Commission) exige que tout investisseur se dévoile. Avec ses quelque 24 milliards de dollars d’actions – environ un tiers de son portefeuille d’actions et 5,3% de l’ensemble de ses réserves de devises –, la BNS est donc contrainte d’apparaître au grand jour. Au même titre que n’importe quel investisseur institutionnel, caisse de pension, banque ou courtier, précise la SEC sur son site internet.

En parcourant les documents de l’autorité américaine, on découvre par ailleurs que le secteur pétrolier occupe une position importante pour la BNS. Sa plus grosse participation dans une société outre-Atlantique est Exxon Mobil, avec l’équivalent de 505 millions de dollars. Chevron Corp., également active dans l’industrie du pétrole et du gaz, arrive quant à elle en 5e position, avec 300 millions de dollars investis.

Sinon, la BNS compte sur les mastodontes de la bourse américaine que sont Apple et Google pour faire fructifier son portefeuille. Respectivement, 485 millions et 259 millions de dollars sont placés dans les deux géants californiens. Enfin, toujours du côté numérique, il est à noter que sa participation dans Facebook a plus que doublé, entre la fin du mois de juin 2013 et fin septembre, passant de 42 millions de dollars à 90 millions de dollars.

Avec ses 24 milliards de dollars investis en actions américaines, la BNS est obligée de se dévoiler