La Banque nationale suisse (BNS) reste pessimiste quant aux perspectives conjoncturelles de la Suisse. La situation est morose et la politique monétaire de la BNS ne pourra pas mettre le pays à l’abri des tourmentes extérieures, estime Jean-Pierre Roth.

L’année 2009 sera difficile pour l’économie de la Suisse et sera marquée par le recul le plus important du produit intérieur brut (PIB) depuis 1975. Et tout porte à croire que 2010 le sera aussi, a expliqué le président de la BNS vendredi à Berne lors de l’assemblée générale.

Cette année, le moteur des exportations ne tournera qu’à faible régime, le manque de confiance des entrepreneurs pèsera sur la demande d’investissements et la consommation fléchira. L’an prochain, même si le creux conjoncturel aura été franchi, la sous- utilisation des ressources productives sera encore importante, a dit M. Roth devant les actionnaires de la BNS.

L’économie suisse pourra rebondir dès que la conjoncture internationale aura franchi le creux de la vague. Mais le redressement sera lent, les difficultés actuelles n’étant pas de nature cyclique. «Elles sont aussi le résultat d’une profonde crise de confiance dans la solidité du secteur financier et dans le potentiel de croissance futur de l’économie mondiale».

Une fois la machine économique remise en route, des mesures correctrices seront nécessaires pour que l’économie mondiale se développe de manière plus équilibrée, a poursuivi M. Roth qui présidait l’assemblée générale de la BNS pour la dernière fois. Le chemin de la croissance sera peut-être moins ambitieux que par le passé, mais il sera plus durable.

En Suisse, il faudra rétablir des conditions monétaires saines en retirant à temps les liquidités excédentaires afin de préserver la stabilité des prix. La BNS en a la volonté et les moyens, selon le président de l’institut d’émission qui prendra sa retraite en fin d’année. Plusieurs intervenants ont fait part de leur crainte d’une éventuelle inflation incontrôlée, suite à la politique monétaire expansionniste.

Actionnaires mécontents

«Nous avons fait notre possible dans le cadre de notre mandat légal», a-t-il ajouté justifiant les achats de devises sur le marché des changes annoncés le 12 mars en même temps qu’une nouvelle baisse du taux Libor. «Face aux risques de déflation, une action résolue était nécessaire. Nous maintiendrons cette stratégie tant que de tels risques persisteront».

Cette mesure adoptée après 15 ans d’absence des marchés des changes n’est pas un renversement de stratégie. Mais une adaptation de la mise en œuvre de cette stratégie dans un environnement marqué par des taux d’intérêts proches de zéro et un franc jouant le rôle de monnaie refuge, selon lui. D’octobre 2008 à mars 2009, le franc s’est apprécié de près de 10% par rapport à l’euro.

Les turbulences financières n’ont pour l’heure pas encore conduit à un véritable resserrement du crédit en Suisse, s’est réjoui par ailleurs le président de la BNS.

La Banque nationale n’a du reste pas été épargnée par les critiques. Des actionnaires ont ainsi fustigé le plan de sauvetage de l’UBS ou les salaires versés aux trois membres de la direction. Une opinon guère partagée par un actionnaire enthousiaste, qui n’a pas hésité à déclarer devant l’auditoire: «Vive le franc suisse! Vive la banque nationale!».