L'incertitude est élevée car l'économie mondiale, qui pourrait croître d'un excellent 5% cette année, est à un pic de son développement. Or chaque retournement s'accompagne de risques, selon Philipp Hildebrand, directeur général de la BNS, lors d'une présentation au Cercle d'affaires franco-suisse, mardi à Zurich. Les experts s'attendent à un ralentissement conjoncturel en 2007. On parle d'atterrissage en douceur. Mais, les Etats-Unis, par exemple, n'ont connu que deux atterrissages en douceur depuis 1960, à savoir en 1966 et 1986. Le scénario le plus probable est donc historiquement peu fréquent. Pendant la même période, les Etats-Unis ont traversé 7 récessions. En outre, l'inflation atteint 4% outre-Atlantique, ce qui n'est de loin pas négligeable. Les risques sont donc bien réels.

Les marchés financiers livrent toutefois une image de sérénité: «L'image la plus adaptée au moment actuel est celle du transport aérien», poursuit-il. Cette activité a profondément transformé l'économie. Un nombre très important de personnes utilise ce service. Mais si un avion s'écrase, les dégâts sont énormes. En effet les marchés financiers ont été capables d'aborder des chocs considérables sans broncher.

La Suisse fait partie des gagnants de la globalisation

De la crise asiatique à l'éclatement de la bulle internet, du 11 septembre à la guerre en Irak. Ils n'ont pas davantage réagi à la guerre au Liban ni, ces derniers jours, à la bombe atomique nord-coréenne. Les indicateurs de perception du risque sont très bas, qu'il s'agisse de l'écart de taux d'intérêt entre les Etats souverains et les entreprises ou de l'écart entre les Etats-Unis et les pays émergents.

Les marchés d'actions, qui volent de record en record, sont très confiants. Les marchés obligataires sont moins clairs, puisque la courbe de taux d'intérêt est inversée, mais l'interprétation est sujette à débat. Attente de récession ou confiance envers la stabilité des prix?

Le marché immobilier américain constitue clairement la préoccupation majeure de l'orateur, devant les déficits américains et le pétrole. Les consommateurs ont largement utilisé les avantages offerts par le système hypothécaire. En 2005, ils ont retiré 500 milliards de dollars à des fins de consommation, soit 5% du PIB. D'un autre point de vue, Philipp Hildebrand constate que l'immobilier américain n'a jamais été la cause d'une crise générale aux Etats-Unis.

En Suisse, la situation est différente. Le pays croît très fortement, signe que la Suisse fait partie des gagnants de la globalisation. Mais il n'y a pas de surchauffe. Ni l'augmentation des crédits ni les prix de l'immobilier ne sont inquiétants. De plus les agrégats monétaires donnent plutôt des signes d'affaiblissement.